Économie mondiale : tensions croissantes dans le secteur technologique face à l’innovation.

Économie, industrie, technologies #4 - Futuribles

Économie, Industrie, Technologies : Perspectives d’Avenir

Cette lettre de veille propose des éclairages prospectifs synthétiques sur des sujets qui nous semblent importants pour l’avenir. Elle comprend des informations qui confirment des tendances, des signaux faibles annonciateurs de changements possibles, des ruptures à prendre en considération, des controverses intéressantes sur l’avenir, ainsi qu’une sélection de publications récentes. Les sujets traités peuvent donner lieu à des approfondissements dans d’autres publications de Futuribles.

Signaux forts (confirmation de tendances)

Le Brésil, symbole de la montée en puissance des objectifs d’autonomie stratégique de santé au Sud

Le Brésil a récemment mené une campagne de vaccination contre la dengue, avec un vaccin développé et fabriqué localement, nécessitant une seule injection. Ce pays illustre les succès de politiques industrielles dans le domaine pharmaceutique, à l’instar de l’Inde et de Cuba.

Son industrie, après avoir connu des succès, a été fragilisée par la mondialisation dans les années 1990-2000, atteignant un niveau historiquement bas d’autosuffisance avant la pandémie. La stratégie HEIC (Health Economic-Industrial Complex) vise à articuler les politiques industrielles avec l’objectif d’accès universel au plus grand système public de santé au monde, en développant des capacités productives nationales. Le gouvernement Lula a relancé cette initiative en 2023, visant une augmentation de la production de vaccins et de produits pharmaceutiques de 42 % à 70 % d’ici 2033.

Lors de sa présidence du G20 en 2024, le Brésil a plaidé pour une Coalition globale pour la production locale et régionale, et souhaite développer des coopérations sur la dengue, incluant des membres au-delà des pays du Sud.

À l’avenir, la concurrence entre Big Pharma et les acteurs du Sud pourrait se renforcer, soulevant des questions sur la durabilité des coopérations Sud-Sud et leur impact sur le développement économique.

Essor des gigabatteries : un stockage toujours plus important au service des énergies renouvelables

Le projet Masdar à Abou Dabi, prévu pour 2027, devrait établir le plus grand parc de production électrique solaire au monde, délivrant un gigawatt d’électricité en continu. Ce système s’appuiera sur 5,2 GW de panneaux photovoltaïques et un stockage permettant de charger jusqu’à 8 heures de production et de décharger pendant 16 heures. Les 19 GWh de batteries prévues marquent l’avènement de l’ère des gigabatteries.

Récemment, les fournisseurs de batteries ont changé, avec CATL remplacé par BYD et Sungrow, illustrant une intégration croissante des activités énergétiques. La demande de batteries dans des secteurs hors transports, comme l’industrie et les centres de données, est en forte croissance, avec une enquête de Bloomberg New Energy Finance indiquant un rythme de déploiement de 34 GW/an en Chine, bien supérieur à celui de l’Europe et des États-Unis.

Ces systèmes pourraient transformer les systèmes électriques renouvelables, mais leur potentiel dans des régions moins ensoleillées et leur contribution au stockage intersaisonnier, en association avec l’hydrogène vert, restent à évaluer.

L’économie chinoise entre dans une nouvelle ère

À la fin du deuxième trimestre 2026, la Chine a enregistré une croissance économique de 4,3 % sur un an, le taux le plus faible depuis 2022 et inférieur à l’objectif officiel de 4,5 % à 5 %. Ce ralentissement, accentué par le conflit au Moyen-Orient, est devenu structurel.

Le secteur immobilier, représentant un tiers du PIB, est en crise, avec une diminution des investissements de près de 20 % au premier semestre. Les prix des logements baissent, et la consommation des ménages reste fragile, dépendante des subventions publiques. À l’avenir, la Chine devra naviguer entre une croissance ralentie et la nécessité de stabiliser sa structure économique.

Signaux faibles

Le jeu au service de l’économie de la donnée : quand Pokémon Go nourrit la livraison par robot

En mars 2026, Niantic Spatial et Coco Robotics ont annoncé un partenariat, utilisant la base de données générée par les utilisateurs de Pokémon Go pour guider des robots-livreurs dans plusieurs villes américaines et à Helsinki. Ce système de positionnement visuel, plus précis que le GPS, illustre une nouvelle forme d’économie de la donnée.

Cette méthode soulève des questions éthiques, mais reste légale. Elle montre comment les comportements ludiques peuvent être canalisés vers la production d’actifs économiques. La possibilité que ces pratiques favorisent l’entrée de start-ups dans l’économie de la donnée est à envisager, tout comme la nécessité d’une régulation accrue.

Vers des microcentres de données chez les particuliers ?

Sunrun a lancé un projet permettant d’installer des petits nœuds de calcul d’IA chez des particuliers équipés de panneaux solaires, rémunérés pour cet hébergement. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que la demande d’électricité des centres de données dédiés à l’IA pourrait quadrupler d’ici 2030.

Ce projet s’inscrit dans une tendance plus large de décentralisation de la puissance de calcul. À terme, cela pourrait modifier le paysage des infrastructures d’IA, tout en favorisant une meilleure gestion des ressources énergétiques domestiques.

La balance commerciale agroalimentaire de la France négative pour la première fois en 50 ans

Selon France Agrimer, la balance commerciale agroalimentaire de la France est devenue négative en 2025, à -0,8 milliard d’euros. Cette situation, inédite, est due à une baisse des exportations et une hausse des importations, aggravant le déficit avec l’Union européenne de 20 %.

La France, bien que sixième exportateur mondial, fait face à des défis croissants pour maintenir sa compétitivité, notamment en raison de la dépendance croissante aux importations sensibles au changement climatique.

Et si…

Et si les véhicules électriques lourds étaient interdits en Europe ?

La hausse du poids moyen des véhicules en Europe pose des défis environnementaux. En France, la masse moyenne d’un véhicule neuf est passée de 760 kg en 1961 à 1 430 kg en 2025. Pour contrer cette tendance, les États européens pourraient envisager des régulations strictes sur les véhicules jugés trop lourds.

Cette politique pourrait également favoriser l’émergence de véhicules de taille intermédiaire, contribuant ainsi à des objectifs d’autonomie stratégique en réduisant les besoins en ressources critiques pour la production de batteries.

Et si le conflit en Iran provoquait une « techflation » ?

Le conflit en Iran pourrait avoir des répercussions sur les marchés technologiques, entraînant une inflation dans ce secteur. La hausse des coûts de l’électricité, essentielle pour les data centers, pourrait réduire leur rentabilité. De plus, la dépendance aux matières premières transitant par le détroit d’Ormuz pourrait accroître les coûts de production des composants nécessaires à l’IA.

Sources

  • France Agrimer
  • Bloomberg New Energy Finance
  • Agence internationale de l’énergie
  • Niantic
  • Cécile Désaunay, Juliette Guilbaud, Antoine Le Bec, Futuribles.
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