La CAQ présente son cadre financier : promesses et incertitudes
La Coalition Avenir Québec (CAQ) a dévoilé son cadre financier au quatrième jour de la campagne électorale, une démarche peu courante qui soulève des interrogations. Christine Fréchette, la ministre des Finances, décrit ce cadre comme « réaliste et responsable ». Les engagements financiers du parti s’élèvent à 9,7 milliards de dollars, dont plus de 8 milliards de dollars sont chiffrés sans avoir été officiellement annoncés.
Des transferts fédéraux hypothétiques
Pour financer ses promesses, la CAQ mise sur une augmentation des transferts fédéraux de 4,4 milliards de dollars sur cinq ans. Fréchette a déclaré : « Il y a des revenus qui sont escomptés, qui proviendront de transferts fédéraux, d’ententes convenues avec le gouvernement fédéral. » Cependant, ce montant repose sur des ententes qui n’ont pas encore été renouvelées, rendant ces fonds incertains.
La CAQ espère obtenir 2,4 milliards de dollars grâce au renouvellement d’ententes en santé mentale, en soins à domicile et en soins de longue durée, tout en prévoyant une croissance du Transfert canadien en matière de santé à 5 % à partir de 2028-2029. Les 2 milliards restants proviendraient de remboursements anticipés liés aux dépenses des demandeurs d’asile. Eric Girard, ministre des Finances sortant, a mentionné que les provinces et territoires réclament le renouvellement de ces ententes auprès du gouvernement fédéral, dont la réponse est attendue en octobre.
Luc Godbout, titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, avertit que si ces transferts ne se concrétisent pas, le cadre budgétaire de la CAQ sera encore plus contraint.
Prévisions de croissance économique
Concernant la croissance économique, les prévisions indiquent une augmentation de 0,6 % en 2025, 0,7 % en 2026, et 1,4 % en 2027. Ces chiffres, jugés « plausibles » par le Vérificateur général du Québec (VGQ), sont toutefois mis en question par des tensions économiques croissantes, notamment en raison de la guerre commerciale.
Le rapport du VGQ souligne que l’application de récents tarifs douaniers de 50 % pourrait avoir un effet négatif sur la croissance du PIB du Québec, réduisant ainsi les revenus de la province d’environ 1,2 milliard de dollars en cas de baisse d’un point de pourcentage.
Utilisation de la provision pour éventualités
Malgré ces incertitudes, la CAQ prévoit de puiser 5 milliards de dollars dans la provision pour éventualités sur cinq ans, une me habituellement réservée aux dépenses imprévues. Christine Fréchette a précisé que cette provision n’a pas été utilisée lors des deux derniers exercices financiers.
Luc Godbout a souligné que cette stratégie pourrait sembler paradoxale dans un contexte d’incertitude économique accrue, notant que l’utilisation de cette provision pour financer des engagements pourrait réduire la marge de manœuvre en cas d’imprévu.
Rentabilité des sociétés d’État
Pour renforcer ses revenus, la CAQ mise sur ses principales sociétés d’État : Hydro-Québec, Loto-Québec et la Société des alcools du Québec (SAQ). Fréchette a affirmé que des éléments de rentabilité accrus de ces sociétés sont intégrés dans le cadre financier. Le VGQ estime qu’une augmentation de 495 millions de dollars sur cinq ans est plausible, avec une croissance attendue de 2 % du rendement des sociétés d’État à partir de 2027-2028.
Hydro-Québec devrait connaître une croissance de 19,6 % de ses bénéfices sur trois ans, tandis que Loto-Québec prévoit une augmentation de 6,2 % grâce au développement du jeu en ligne. En revanche, la SAQ anticipe une hausse modeste de 0,6 % dans un contexte de baisse de la consommation d’alcool.
L’issue de ces prévisions et engagements dépendra de divers facteurs économiques, notamment les conditions climatiques et les politiques fédérales.
Source : Radio-Canada

