Réunification de l’école et du collège : une stratégie de survie pour un établissement de la Meuse

Réunir l’école et le collège pour survivre : la stratégie gagnante d’un petit établissement de la Meuse

Réunir l’école et le collège pour survivre : la stratégie gagnante d’un petit établissement de la Meuse

À Varennes-en-Argonne, dans la Meuse, l’école et le collège partagent depuis la rentrée 2024 les mêmes locaux au sein de l’« École des Savoirs », qui accueille environ 180 élèves. Cette initiative a vu le jour suite à une mobilisation contre la fermeture du collège, envisagée en 2017 par le Conseil départemental en raison de son vétusté et de ses effectifs jugés trop faibles. Ghislain Omé, agriculteur et parent d’élève, souligne que cette fermeture aurait signifié « la mort de la ruralité », car certains collégiens auraient dû parcourir plus d’une heure pour rejoindre un autre établissement.

L’État a accepté de maintenir un collège dans ce village de 640 habitants, à condition qu’un projet innovant soit mis en place. Ainsi, élus locaux, parents d’élèves, enseignants et représentants de l’Éducation nationale ont collaboré pour établir un rapprochement entre l’école et le collège, facilitant ainsi la transition entre le primaire et le secondaire. Le conseil départemental a délégué la gestion du bâtiment à la communauté de communes Argonne-Meuse (CCAM).

Bien que les cours de l’école et du collège soient séparés, plusieurs espaces, tels que la salle des personnels, sont mutualisés. Andréa Marafico, principale du collège, indique que cela favorise les échanges et la collaboration entre les équipes. Chaque semaine, des groupes mixtes de CM1, CM2 et de sixièmes se réunissent pour des séances de maths et de français, permettant un tutorat réciproque.

Les enseignants ont également mis en place un « parcours de l’oralité » qui s’étend de la maternelle à la classe de troisième. Des projets interdisciplinaires, comme celui sur les pollinisateurs, impliquent des interventions de professeurs de sciences auprès des écoliers.

L’établissement se veut aussi un lieu d’ouverture sur la communauté, réunissant les bibliothèques de l’école, du collège et de la commune en un tiers-lieu, et offrant sa salle de réunion aux associations locales.

Soutien de l’État

Le coût total du projet s’élève à 10,3 millions d’euros, financés à près de 70 % par l’État, tandis que la CCAM prend en charge 20 % du budget, le reste étant complété par le département, la CAF et des communes environnantes.

Ce modèle éducatif fait consensus dans la région. Marie-Laure Carrée-Sène, directrice académique des services de l’Éducation nationale dans la Meuse, affirme qu’il « apporte de la cohérence pédagogique et un très bon climat scolaire ». Cependant, des voix s’élèvent pour demander des moyens supplémentaires afin de garantir l’implication des enseignants, qui n’ont pas de rémunération spécifique pour la coordination de leurs projets.

Le succès de l’École des Savoirs soulève néanmoins des préoccupations. Sébastien Jadoul, président de la communauté de communes, évoque la nécessité de ne pas négliger les écoles des autres communes.

Problématique nationale

La Meuse est confrontée à un vieillissement démographique significatif, avec une perte projetée de 27 % et 25 % des effectifs dans le premier et le second degré d’ici 2035. Ce phénomène de baisse démographique scolaire interpelle au niveau national, mettant en question l’adaptation de la carte scolaire.

Le modèle de Varennes-en-Argonne a été cité en exemple par Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale. Le regroupement école-collège, déjà soutenu par Jean-Michel Blanquer en 2019, est considéré comme une solution potentielle, bien que des experts, comme Béatrice Laurent de l’Unsa Éducation, soulignent l’importance d’une concertation approfondie pour éviter des tensions entre les cultures professionnelles des deux niveaux d’enseignement.

Nicolas Joly, directeur de l’école, insiste sur l’importance d’une proximité humaine, ajoutant que les équipes collaborent depuis longtemps, facilitant ainsi la transition des élèves.

Cependant, l’Association des maires ruraux de France rejette cette approche, craignant que cela conduise à la disparition des écoles des autres villages au profit d’un modèle centralisé.

La pérennité de l’École des Savoirs reste donc à observer, alors que des craintes subsistent quant à la dilution des spécificités de l’école face à l’intégration dans le collège.

Source : Article basé sur des données fournies.

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