Comment le nouchi ivoirien a conquis le français
La première fois qu’Honorat Aziz a entendu quelqu’un dire “je m’enjaille” en France, il venait d’arriver de Côte d’Ivoire. Surpris de l’entendre dans la bouche d’un jeune Français, il se souvient avoir pensé qu’il s’agissait d’un compatriote, car cette expression provient de l’argot ivoirien appelé “nouchi”, signifiant “je m’amuse”.
Dix ans plus tard, Honorat assiste à un concert du rappeur ivoirien Didi B à Paris, et les mots et expressions du nouchi sont désormais courants. En France, il est fréquent d’utiliser “goumin” pour désigner un “chagrin d’amour” ou “la go” pour parler d’une “fille”. Honorat note que ces termes font désormais partie intégrante du langage courant.
L’influence du nouchi sur le français s’explique en grande partie par la popularité d’artistes tels que Didi B et Aya Nakamura. Cette dernière, chanteuse franco-malienne, a accumulé plus d’un milliard de vues sur YouTube avec son titre “Djadja”, qui signifie “menteur” en bambara, une langue du Mali.
Les chiffres montrent que sur les 396 millions de locuteurs du français, 57 % se trouvent sur le continent africain, selon les dernières données publiées par l’Observatoire de la langue française. Cette dynamique linguistique témoigne de l’impact croissant des dialectes d’Afrique de l’Ouest et du Nord sur la langue française.
Source : The Christian Science Monitor

