Plus le climat pèse, moins les ministres de l’Environnement comptent
Par Joseph Botton
« Je l’ai souvent dit : la politique n’est pas mon monde. » Ces mots de Monique Barbut, ministre de la transition écologique, annonçant le 22 juillet dernier le dépôt de sa démission (refusée) auprès d’Emmanuel Macron, rappellent le « j’ai un peu d’influence, je n’ai pas de pouvoir » de Nicolas Hulot, lors de sa démission surprise le 28 août 2018.
Ces deux cas illustrent un paradoxe : alors que l’enjeu écologique devient de plus en plus pressant, le poids des ministres de l’Environnement dans les décisions gouvernementales semble diminuer. Une base de données retraçant les carrières des titulaires du portefeuille en France, en Angleterre, en Allemagne et en Italie depuis 1970 révèle que, malgré l’accroissement des enjeux environnementaux, ceux qui en ont la charge pèsent de moins en moins dans les arbitrages.
Les deux ministres, experts en environnement, ont été nommés pour leur légitimité technique, éloignés des luttes partisanes. Nicolas Hulot était ministre d’État et second dans l’ordre protocolaire, tandis que Monique Barbut occupe la quatrième place, devant les ministres de la Justice et des Finances. Malgré cela, ils semblent avoir été dépassés dans leur capacité à influencer les décisions gouvernementales.
Le ministère de l’Environnement, créé en 1970, a vu son champ d’action s’élargir au fil des années, intégrant des compétences comme l’aménagement du territoire et se transformant en un « Grand ministère de l’Environnement » en 2007. Cependant, malgré cette évolution, le pouvoir individuel des ministres demeure questionnable. Les réponses politiques se sont multipliées en Europe, avec la création de ministères dédiés et l’essor des partis écologistes, mais l’environnement semble souvent relégué au second plan, sauf en cas de catastrophes climatiques.
Cette situation soulève des interrogations sur l’efficacité des politiques environnementales, alors que les crises écologiques s’intensifient et que l’urgence climatique devient de plus en plus manifeste.
Source : AOC Média

