El Niño, déforestation et agriculture : un cocktail explosif pour la Colombie
Des incendies dévastateurs touchent le centre et le sud de la Colombie depuis environ quinze jours. Dans le département du Tolima, plus de 27 000 hectares de végétation ont été consumés, avec encore 16 foyers actifs au 25 août, selon Caracol Noticias. Dans le département voisin de Nariño, près de la frontière équatorienne, 2 800 hectares de pâturages et de terres agricoles ont également été détruits.
Les anciennes forêts et zones boisées luxuriantes ont été remplacées par de vastes étendues de terre brûlée, mettant en péril les moyens de subsistance des populations rurales. Les pertes agricoles pour le seul département du Tolima sont estimées à 50 milliards de pesos, soit près de 14 millions d’euros. Don Elbert, un agriculteur ayant cultivé des avocats pendant dix ans, témoigne : « Je suis vraiment sans voix, car c’est comme si on repartait de zéro. »
Face à l’augmentation des foyers, les autorités explorent la possibilité d’incendies criminels. Toutefois, des spécialistes universitaires de la fondation Biodiversos soulignent que la propagation du feu dépend de nombreux facteurs, dont le climat, les conditions météorologiques et l’état de la végétation. Ils notent que le réchauffement climatique, exacerbé cette année par El Niño, et la déforestation à des fins agricoles aggravent la situation.
Dans le Tolima, les températures élevées et la sécheresse prolongée rendent la région particulièrement vulnérable. Kensy Rodríguez, responsable des brigades forestières locales, explique qu’une simple bouteille en verre peut provoquer une catastrophe. La déforestation et l’expansion des cultures, notamment la caféiculture en haute montagne, augmentent la pression sur les écosystèmes et la quantité de végétation susceptible de s’enflammer.
Le gouvernement du président Abelardo de la Espriella a mobilisé plus d’une dizaine d’avions pour lutter contre les incendies et envisage de demander une aide internationale. Cependant, la fondation Biodiversos insiste sur la nécessité d’une politique intégrale de gestion des feux, qui doit inclure une gestion proactive des paysages et de la végétation combustible, surtout avec le pic d’El Niño prévu pour septembre.
Source : Caracol Noticias, El Espectador, El País América

