Rachel Bocher : Une pionnière de la santé mentale chez les jeunes
À 72 ans, Rachel Bocher est une figure incontournable de la psychiatrie en France. Cheffe du service de psychiatrie au CHU de Nantes, elle consacre sa carrière à la santé mentale, en mettant particulièrement l’accent sur le bien-être des jeunes. Dans une récente interview sur le plateau de l’émission « En Toute Confidence », elle a partagé son parcours et ses préoccupations concernant la santé mentale des jeunes générations.
Née en 1954 à Tunis, Rachel Bocher a fui la Tunisie avec sa famille en 1956, peu après l’indépendance du pays. Arrivée à Nantes, elle développe très tôt une passion pour l’école, une passion qui, paradoxalement, a eu des répercussions sur sa santé. Elle raconte : « Chaque fin d’école, je tombais malade sous la forme d’une angine. » Cette expérience a éveillé en elle une curiosité intellectuelle qui l’a poussée vers des études de médecine, d’abord orientées vers la dermatologie, avant qu’elle ne se tourne vers la psychiatrie.
Au cours de sa carrière de plus de 40 ans, Rachel Bocher s’est engagée non seulement pour ses patients, mais aussi pour ses collègues et l’hôpital public. Elle a rejoint le syndicat des psychiatres d’exercice public dans les années 1980 et préside depuis 1998 l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH). Son engagement l’a amenée à négocier avec des responsables politiques pour améliorer les conditions de travail des psychiatres.
Rachel Bocher souligne un problème crucial : le manque d’attrait pour la psychiatrie parmi les jeunes professionnels. Selon la Fédération hospitalière de France, 23 % des postes vacants à l’hôpital public concernent des psychiatres. Elle note que beaucoup de jeunes externes, initialement réticents à entrer dans ce domaine, changent d’avis après une expérience.
La santé mentale a été déclarée grande cause nationale par le gouvernement, entraînant une déstigmatisation croissante du sujet. Cependant, Rachel Bocher critique les mes récentes annoncées par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, qu’elle juge insuffisantes face aux délais d’attente importants dans les services de santé mentale, qui peuvent atteindre de 3 à 6 mois.
En Pays de la Loire, les tentatives de suicide chez les jeunes ont doublé au cours des cinq dernières années, avec 87 % des cas concernant des jeunes filles. Cette situation est exacerbée par la crise du Covid-19, qui a fragilisé de nombreux jeunes, notamment à travers les confinements. Rachel Bocher appelle à une intervention précoce pour éviter que ces jeunes ne développent des pathologies chroniques.
Elle insiste sur l’importance de demander de l’aide, que ce soit par le biais d’infirmières scolaires ou de consultations auprès de médecins traitants. « Il ne faut pas rester seul, il faut demander de l’aide à une personne en qui on a confiance », conclut-elle.
Source : France 3 Régions

