[Cet article est extrait du numéro 1869 de Courrier international, “Sommes-nous devenus stupides”, en vente du 27 août au 2 septembre 2026]
<p>De prime abord, on pourrait penser que l’imbécillité est le contraire de l’intelligence, son exact opposé. Ce n’est pas l’avis de David Krakauer, biologiste et président de l’Institut de Santa Fe. <a target="_blank" class="ithalc" data-ithal="lien_externe" data-ithalc="[nav_article]" target="_blank" href="https://nautil.us/what-makes-humans-stupid-1282459">Dans <strong>Nautilus</strong></a><strong>, </strong>il<strong> </strong>fait le lien entre idiotie et sagacité. <em>“La stupidité n’est pas le contraire de l’intelligence mais sa jumelle maléfique, à l’image de Caïn, le sournois, et d’Abel, l’intellectuel”, </em>écrit-il dans le magazine américain.</p> <p>La réflexion du scientifique américain va même plus loin, en liant les deux concepts :</p><blockquote>“Curieusement, le degré de stupidité disponible dans tout système s’avère directement proportionnel à son intelligence : plus on produit d’intelligence, plus on multiplie les démonstrations de bêtise.”</blockquote> <p>Regrettant que la stupidité soit un angle mort dans le monde universitaire, David Krakauer s’attelle à démontrer ce lien fondamental entre bêtise et intelligence.</p> <h2 class="ci-subtitle">Complexification stupide</h2> <p>Si une personne intelligente se définit par sa capacité à simplifier un problème comportant une difficulté donnée en déployant tout un arsenal de techniques (formules mathématiques, déplacement du point de vue), alors la stupidité consisterait à complexifier ce même problème, observe-t-il. <em>“Contre toute attente, la méthode la plus sûre pour compliquer un problème initialement facile consiste à déployer tout un arsenal de théories complexes, de croyances alambiquées et d’algorithmes sophistiqués qui semblent terriblement convaincants en apparence mais qui produisent un résultat encore plus déplorable que l’inaction.”</em></p> <p>Cependant, la bêtise est une forme très spécifique d’échec, et toutes les erreurs n’en relèvent pas, souligne le scientifique. <em>“Les gens se trompent en raison d’une ignorance (une insuffisance de données), d’interférences (un signal déformé), ou de la mauvaise application d’une règle dans une situation inédite ou un contexte changeant. Ce sont les aléas de nos vies, que nous devrions considérer avec indulgence.”</em></p> <h2 class="ci-subtitle">“Bêtise probe” <em>versus</em> “bêtise sophistiquée”</h2> <p>David Krakauer nourrit sa réflexion avec plusieurs références littéraires qui se plongent dans les méandres de la frontière entre stupidité et intelligence. Il cite notamment l’écrivain autrichien Robert Musil, qui s’attachait lors d’une conférence intitulée “De la bêtise”, prononcée en 1937 à Vienne, à décortiquer la différence entre <em>“la bêtise probe des simples”,</em> qui résulte de limites cognitives, et la <em>“bêtise sophistiquée”,</em> qui mobilise de nombreux ressorts intellectuels au service de l’erreur.</p> <p>C’est cette dernière forme qui est la plus dévastatrice, ajoute David Krakauer. Car, insiste-t-il :</p><blockquote>“La stupidité commence là où l’erreur devient élaborée, justifiée, peaufinée, institutionnalisée et érigée en fondement pour toute action future.”</blockquote> <p>Provoquant souvent des catastrophes à l’ampleur considérable…</p>Source : Courrier international

