PASQAL, acteur français du quantique, lève des fonds pour son industrialisation au Nasdaq.

PASQAL au Nasdaq : le quantique français cherche le capital de son industrialisation

PASQAL au Nasdaq : le quantique français cherche le capital de son industrialisation

En clôturant sa première séance à 19,11 dollars, PASQAL a presque doublé la valeur du dernier cours de son SPAC. Cette envolée ne valide pourtant ni sa valorisation ni son modèle économique : les détenteurs de plus de 90 % des actions publiques de Bleichroeder ont préféré récupérer leur mise avant la fusion, réduisant considérablement le nombre de titres disponibles. L’opération n’en reste pas moins structurante. Avec 360 millions de dollars de trésorerie et un accès désormais permanent aux marchés américains, la deeptech française tente d’ouvrir une troisième voie entre le sous-financement et la cession à un groupe étranger.

Ainsi, vendredi 28 août, l’action PASQAL a ouvert à 16,98 dollars, évolué entre 13,08 et 20,10 dollars, puis clôturé à 19,11 dollars. Rapportée aux 9,79 dollars auxquels Bleichroeder Acquisition Corp. II avait terminé la séance précédente, la progression atteint 95,2 %. Environ 3,68 millions de titres ont changé de mains. Pour une entreprise qui réalisait encore 16,5 millions d’euros de revenus commerciaux en 2025, la première journée a fourni une spectaculaire démonstration de l’enthousiasme entourant le calcul quantique.

Bleichroeder disposait avant l’opération de 28,75 millions d’actions publiques. Les détenteurs de 26 039 602 titres ont demandé leur remboursement lors de la fusion, soit 90,57 % du total. Il ne restait donc que 2 710 398 actions publiques issues du SPAC au moment de la cotation. Le volume échangé vendredi a dépassé ce nombre, même si une même action peut naturellement être achetée et revendue plusieurs fois dans une séance. Avec aussi peu de titres disponibles, la demande s’est concentrée sur un flottant minuscule. Si la hausse de 95,2 % est exacte, sa signification économique est plus limitée.

Les 360 millions de dollars annoncés à la clôture ne correspondent pas à une levée de même montant auprès des actionnaires du Nasdaq. En mai, PASQAL présentait un scénario théorique dans lequel la société aurait disposé de 649,1 millions de dollars après l’opération : 144,6 millions de trésorerie existante au 30 avril, 290,6 millions contenus dans le trust de Bleichroeder et 250 millions apportés par un financement convertible. Une projection qui reposait explicitement sur l’absence de rachats.

Après le remboursement de 90,57 % des actions publiques, la contribution brute du trust peut être estimée à environ 27 millions de dollars, avant frais et ajustements. L’essentiel des ressources disponibles à la clôture provient donc de la trésorerie que PASQAL avait déjà constituée, notamment après son tour privé de 2026, et du financement convertible conclu parallèlement à la fusion.

Cette ouverture n’a cependant pas été obtenue à des conditions ordinaires. Les investisseurs du financement convertible ont apporté 250 millions de dollars en numéraire contre 312,5 millions de dollars de principal obligataire. Les obligations portent un intérêt annuel de 10 % lorsqu’il est réglé en numéraire. Si PASQAL ne paie pas en cash à une échéance semestrielle, les intérêts suivants peuvent être capitalisés au taux de 12 %.

La société a ainsi obtenu ce qui manque à beaucoup de deeptech européennes : plusieurs années de visibilité financière. Mais ce capital peut produire trois effets : intérêts, dilution et influence des obligataires, qui pèseront sur les prochains choix de financement. La cotation ne supprime pas la dépendance au capital ; elle organise les conditions dans lesquelles cette dépendance pourra être renouvelée.

PASQAL, fondée en 2019, manipule avec des lasers des atomes de rubidium afin de réaliser des calculs quantiques. L’entreprise compte sept QPU déployés et trois autres en production, installés dans des centres de calcul en France, en Allemagne, en Italie, au Canada et en Arabie saoudite. PASQAL revendique plus de 25 applications commerciales et de recherche dans différents secteurs.

Les 360 millions de dollars doivent financer l’augmentation des capacités de production, le déploiement de QPU, l’élargissement de la plateforme cloud et logicielle, ainsi que l’extension des opérations commerciales. Cette cotation est présentée comme une plateforme de capital destinée à accompagner ce changement d’échelle.

Au travers de cette opération, PASQAL démontre qu’une deeptech française peut accéder au marché américain sans être immédiatement absorbée par un groupe étranger, tout en négociant des protections autour de son centre technologique. Le Nasdaq lui apporte du temps, de la visibilité et la possibilité de lever à nouveau.

Source : FrenchWeb

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