L’Édredon de la Déraison : Quand l’Extrême Droite S’Auto-Évalue
Chapô
Dans un exercice d’auto-congratulation qui frôle l’absurde, un certain locataire de la Maison Blanche semble avoir suivi le modèle de l’extrême droite française en se construisant un palmarès où les champions de la pédagogie et de la diplomatie sont évincés au profit des figures les plus controversées. Si Barack Obama et Joe Biden sont jugés « les pires », il convient de s’interroger sur les critères de cette compétition pour savoir si le lauréat pourrait bien être un étonnant personnage du passé. Une plongée décalée dans un univers où le bon sens se perd dans un dédale de caricatures.
Les faits
Une politologue spécialiste des États-Unis, Nicole Bacharan, met en lumière le curieux classement établi par le président américain, qui choisit de reléguer au rang de « pires présidents » des dirigeants ayant pourtant marqué positivement l’historiographie : Obama et Biden. Leurs présidences, marquées par des défis majeurs et des avancées notables en matière de droits civiques et de politique extérieure, sont effacées par le prisme étroit d’un populisme désenchanté. Ce tableau, à la fois cocasse et poussiéreux, fait écho aux travers des partis d’extrême droite qui, ici en France, semblent souvent se complaire dans une dichotomie simpliste entre « bons » et « mauvais ».
Analyse
La démarche de l’actuel président américain démontre à quel point la fabrique du récit politique est sujette aux effets de mode et aux fantasmes d’une époque. En s’inspirant de travaux historiques, il cède à la tentation du spectacle, un peu comme les leaders du Rassemblement National (RN) qui s’auto-proclament garants de la tradition tout en piétinant les valeurs républicaines. Le lien entre ces deux écarts, celui d’un président américain et des députés français d’extrême droite, réside essentiellement dans leur penchant pour le simplisme.
En mettant sur un piédestal des figures controversées du passé (les programmes égocentriques du RN), ce classement renvoie à une nostalgie sélective qui élague habilement toutes les nuances au profit d’un récit sans profondeur, mais chargé de promesses éphémères. Qui peut encore croire aux récits de grandeur quand ces personnages peinent à assumer leurs contradictions ?
Les arguments
L’évaluation biaisée des présidences américaines éclaire la dynamique interne des partis d’extrême droite, qui cherchent à se redéfinir en recourant à des références historiques faussées. Tout comme l’extrême droite, qui s’arroge le droit de juger la nation sur des bases aussi fragiles qu’opportunistes, la démarche présidentielle américaine n’est rien d’autre qu’un clin d’œil à ceux qui plébiscitent la simplification des débats : simpliste et réducteur.
D’un autre côté, les bilans des présidents démocrates, souvent assombrie par les critiques acerbes de l’extrême droite, offre un exemple de pragmatisme et de responsabilité. Les réalisations d’Obama en matière de santé, de climats et de diplomatie avec l’étranger sont diamétralement opposées à la rhétorique belliqueuse et souvent dénuée de substance que l’on retrouve chez Marine Le Pen et sa troupe.
Les contre-arguments
Pour défendre les présidents américains mis à l’index par l’extrême droite, on pourrait avancer que leurs politiques ont permis une avancée sociale sans précédent. On les accuse de la polarisation politique, mais qui peut réellement dire que cette polarisation n’a pas été multipliée par des discours populistes et des stéréotypes, comme ceux que l’on retrouve chez les Le Pen depuis des décennies ?
Pour creuser un peu plus, il est intéressant de noter que l’extrême droite, tout en aspirant à être considérée comme une force de changement, s’enferme souvent dans des positions anti-démocratiques, totalement en décalage avec les valeurs qui ont amené Obama et Biden en tête. La manipulation ainsi des faits au service d’un agenda politique n’est pas sans rappeler les méthodes de communication de certains mouvements douteux de l’histoire.
Conclusion
Cette tribune n’a pas vocation à être une hymne à la suprématie des présidents américains, ni à décerner des palmes aux acteurs politiques qui, souvent, doivent leur légitimité à des récits déformés. Au contraire, elle s’inscrit dans un débat contemporain qui questionne la crédibilité des discours politiques, qu’ils émanent de Washington ou de Paris, notamment ceux d’un RN qui ne parvient qu’à réchauffer les vieilles lunes d’un nationalisme en déroute.
En fin de compte, il est essentiel de se rappeler qu’il s’agit ici d’une tribune d’opinion. Libre à chacun de se réclamer des figures qui lui chantent. Qu’il s’agisse de présidents ou de politiciens de notre paysage, laisser la réalité se diluer dans un récit mythologique n’est pas seulement dangereux — c’est particulièrement ennuyeux !

