Les enseignants en panne de sens à l’approche de la présidentielle de 2027
À l’approche de la présidentielle de 2027, les propositions concernant l’éducation se multiplient. À droite, on prône souvent le retour à l’autorité et aux « savoirs fondamentaux », tandis qu’à gauche, l’accent est mis sur les moyens et les salaires pour rendre le métier plus attractif. Cependant, dans la majorité des enquêtes sur la profession enseignante, la question centrale semble être celle de la reconnaissance professionnelle et du sens du travail.
Il est essentiel de préciser que la crise actuelle ne touche pas la « vocation » des enseignants. En effet, la plupart d’entre eux continuent de croire en l’utilité sociale de leur métier. En revanche, c’est le contrat professionnel qui les lie à l’institution et à la société qui est en crise.
Un constat préoccupant
L’enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (Talis) de l’OCDE, qui évalue les conditions de travail des enseignants, révèle des résultats alarmants pour la France. Selon les données de l’édition 2024, qui seront publiées en 2026, seulement 4 % des enseignants français estiment que leur profession est valorisée dans la société, un des taux les plus bas parmi les pays de l’OCDE. De plus, seulement 4 % considèrent que les décideurs politiques prennent en compte leur opinion, contre 16 % en moyenne dans l’OCDE.
Malgré un attachement majoritaire à leur métier, plusieurs indicateurs se dégradent. Actuellement, 79 % des enseignants se déclarent satisfaits de leur travail, contre 89 % en moyenne dans l’OCDE, et seulement 27 % se disent satisfaits de leur rémunération. La satisfaction concernant les conditions d’emploi a également fortement chuté depuis 2018.
Stress et classes chargées
Les conditions d’exercice deviennent de plus en plus difficiles, avec des classes parmi les plus chargées de l’OCDE. Les enseignants se retrouvent face à une diversité croissante de situations, notamment des élèves à besoins particuliers et des problèmes de comportement. Ce contexte entraîne une intensification et une diversification des tâches, augmentant ainsi le stress. En effet, 18 % des enseignants déclarent ressentir « beaucoup de stress » dans leur travail, un chiffre en hausse de 7 points depuis 2018. Par ailleurs, 13 % estiment que leur profession impacte fortement leur santé mentale.
Le sentiment que les réformes éducatives sont constantes est également marquant. Près d’un enseignant sur deux se sent contraint de mettre en œuvre des changements sans les moyens nécessaires, et beaucoup souhaitent une période de stabilité avant l’annonce de nouvelles réformes.
Reconnaissance professionnelle et solitude
Le paradoxe est que les enseignants français ne travaillent pas plus que leurs homologues de l’OCDE, mais se montrent plus critiques envers leurs conditions de travail. Cette insatisfaction semble moins liée à la quantité de travail qu’à un manque de reconnaissance, de stabilité, de soutien institutionnel et de confiance. La perte de sens du travail apparaît comme un facteur clé dans l’attrait décroissant pour le métier.
Les systèmes éducatifs les plus performants investissent dans le développement professionnel des enseignants et dans leur capacité à travailler ensemble. Les pistes identifiées incluent un accompagnement renforcé en début de carrière, une formation continue, et un soutien professionnel centré sur le développement des compétences.
À l’horizon 2030, près de 330 000 enseignants partiront à la retraite. La question qui se pose n’est donc pas seulement celle du recrutement, mais aussi celle du type de métier que nous souhaitons pour l’école du XXIe siècle. Les enquêtes récentes offrent des pistes pour un projet de transformation du métier, bien plus ambitieux qu’une simple politique de recrutement ou de revalorisation salariale.
Source : Alternatives Économiques.

