Les astronautes en difficulté face à la défécation en apesanteur
Fin juin 2026, une étude menée par Giorgia La Barbera et Jan Stanstrup, scientifiques de l’université de Copenhague, en collaboration avec la NASA, a révélé que l’appareil digestif des astronautes ralentit en apesanteur. Cette recherche, publiée dans Nature Communications, a analysé une cohorte d’astronautes unique, grâce à des prélèvements sanguins effectués avant le décollage, pendant les missions et après leur retour sur Terre. Les résultats indiquent que les problèmes de défécation dans l’espace sont principalement dus à une circulation intestinale prolongée en microgravité, plutôt qu’à la qualité de l’alimentation.
Des analyses sanguines signalent un transit intestinal ralenti en orbite
Pour établir cette découverte, l’équipe danoise a examiné 488 prélèvements plasmatiques provenant de 52 astronautes ayant séjourné entre deux et neuf mois à bord de la Station spatiale internationale entre 2006 et 2018. Les prélèvements ont été réalisés plusieurs semaines avant le départ et jusqu’à quelques jours après le retour. Grâce à la spectrométrie de masse, l’équipe a suivi plusieurs centaines de petites molécules métaboliques, dont près de quarante ont montré des variations significatives en dehors des conditions terrestres, notamment des indicateurs liés au microbiote.
Trois substances clés ont été identifiées : le p-crésol sulfate, la phénylacétylglutamine et le 4-éthylphénol sulfate. Ces composés, qui résultent de transformations protéiques réalisées par des microbes coliques, augmentent dès le début du voyage spatial et diminuent après le retour sur Terre. Des études antérieures chez des patients terrestres montrent que ces substances sont associées à un transit intestinal plus lent.
Faute de fibres, le microbiote se tourne vers les protéines
Lorsque le contenu digestif progresse moins rapidement, le microbiote, épuisant ses réserves de fibres, se tourne vers les protéines, produisant ainsi de l’ammoniac et du sulfure d’hydrogène. Des recherches antérieures ont lié la phénylacétylglutamine au vieillissement cellulaire, tandis que le p-crésol sulfate et l’indoxyl sulfate sont préoccupants en cas de dysfonctionnement rénal. Cependant, aucun symptôme comparable n’a été observé chez les astronautes pendant leurs missions.
L’équipe de recherche a reconnu qu’elle n’avait pas mesuré directement le temps de transit intestinal des astronautes. Cette interprétation repose sur des indicateurs déjà validés dans des études terrestres, suggérant que l’absence de gravité freine le mouvement du bol alimentaire.
Davantage de fibres pourraient faciliter les futurs voyages vers Mars
L’étude recommande d’enrichir l’alimentation des astronautes en glucides à fermentation lente pour atténuer les problèmes de transit intestinal. En d’autres termes, une augmentation des fibres pourrait offrir au microbiote une alternative aux protéines. Ces ajustements alimentaires sont envisagés pour les futures missions humaines vers Mars et la Lune.
Les analyses sanguines ont également montré une diminution d’environ 10 % de l’acide urique durant le séjour orbital, ainsi qu’une réduction de la caféine dans l’organisme des astronautes, qui consomment du café sous forme instantanée, apportant moins de caféine qu’un café filtré.
Source : Nature Communications

