L’Europe face à un défi d’exécution en matière d’intelligence artificielle
Lors de La REF, le rendez-vous annuel du MEDEF à Roland-Garros, Jean-Noël Barrot a affirmé que l’Europe avait évolué d’une logique de régulation à une logique de capacité et de puissance. Cependant, les intervenants ont rapidement mis en lumière les défis concrets auxquels l’Europe fait face. Bien que les capitaux, les chercheurs et les startups soient présents, la commande publique reste insuffisante, les marchés sont fragmentés, et les décisions avancent moins rapidement que les technologies. L’Europe doit maintenant prouver sa capacité à combler ces retards.
Un incident survenu en juin dernier, où l’administration américaine a suspendu l’accès à certains modèles d’Anthropic pour les utilisateurs étrangers, a mis en exergue cette problématique. Selon une étude SIA-OPINIONWAY présentée le 27 août, 73 % des dirigeants d’entreprises ont déclaré que cette décision n’avait pas modifié leur position sur l’intelligence artificielle, la souveraineté ne représentant que 11 % des critères de choix pour ces technologies.
Ce constat indique que les entreprises privilégient toujours la performance, le prix et la rapidité de déploiement, plutôt que la souveraineté. Ce paradoxe a été discuté lors du débat « L’Europe n’a pas dit son dernier prompt », où des experts ont souligné que, bien que l’Europe ait identifié les composantes de sa dépendance technologique, elle peine à les traiter à la vitesse d’évolution de l’intelligence artificielle.
L’ancien dirigeant de Meta en Europe, Laurent Solly, a rappelé que l’intelligence artificielle est un système complexe nécessitant une coordination entre les données, la puissance de calcul, et des capitaux suffisants. Bien que l’Europe ait des atouts dans ces domaines, elle reste désavantagée par rapport aux États-Unis et à la Chine, qui ont des écosystèmes mieux intégrés.
Le rapport Draghi a révélé que près de 30 % des licornes fondées en Europe entre 2008 et 2021 ont transféré leur siège à l’étranger, principalement vers les États-Unis. Ce phénomène souligne la nécessité de créer un véritable marché unique des capitaux et de surmonter la fragmentation réglementaire.
Enfin, la Banque centrale européenne a estimé que les ménages européens détiennent plus de 12 000 milliards d’euros en liquidités, mais cette épargne est souvent investie à l’étranger. Pour que l’Europe puisse transformer son potentiel en puissance industrielle, elle devra non seulement synchroniser ses plans, mais également agir rapidement pour répondre aux défis technologiques en constante évolution.
Source : FrenchWeb

