Aide sociale à l’enfance : les défis persistants selon Steven Polet

Steven Polet :

On ne s’en sort jamais vraiment quand on passe par l’Aide sociale à l’enfance

Ce lundi après-midi, Steven Polet se trouve chez lui, dans sa maison de briques rouges, située dans un village à l’Est d’Amiens. Ce matin, il a consulté son psychiatre. « Il m’a dit que je pouvais reprendre le travail demain, j’ai hâte », confie le trentenaire, manager dans une entreprise agroalimentaire. Depuis neuf mois, il est en arrêt maladie pour traiter un syndrome de stress post-traumatique, résultat d’une grave dépression survenue de manière inattendue. « C’est lié à tout ce que j’ai vécu », explique-t-il.

Inceste, violences physiques et psychologiques

L’enfance de Steven est marquée par de profondes carences. À l’âge de 5 ans, son père quitte le foyer familial, et il ne le revoit que sporadiquement. À 8 ans, il vit un tournant tragique : sa mère rencontre son futur beau-père, un homme violent. « Je me retrouve enfermé dans une chambre avec juste un matelas, il me frappe et il est incestueux, ça va durer jusqu’à mes 11 ans », raconte-t-il. Un camarade de classe sera son « sauveur » en lui permettant de parler de ses souffrances à l’assistante sociale du collège, sans évoquer l’inceste.

À partir de ce moment, la procédure de protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) est engagée. Steven est d’abord placé dans un internat, puis en famille d’accueil où il enchaîne quatre familles en deux ans. « Certaines n’étaient pas bienveillantes, on ne m’explique pas ce que je fais là, je ne me sens pas chez moi », se souvient-il. Une de ces familles lui fait jeter son doudou à la poubelle, car à 12 ans, « on est grand ». Il commence à se sentir coupable, pleurant chaque soir dans son lit. Finalement, il trouve une famille d’accueil où il se sent mieux, mais sans jamais établir de liens profonds, par crainte que tout s’arrête brusquement.

Combat contre les sorties sèches

Steven passe son bac une première fois, mais échoue. À 18 ans, il se retrouve face à la fin des accompagnements à l’ASE, ce que l’on appelle les « sorties sèches ». Il obtient un studio en centre-ville d’Amiens pour redoubler sa terminale, mais la liberté de vivre seul prend le pas sur ses études. Après un second échec au bac, il apprend qu’il ne respectait pas les termes de son contrat.

Heureusement, la famille de sa petite amie l’héberge, lui permettant de poursuivre ses études et d’obtenir un BTS. Sans ce soutien, il aurait été à la rue. Aujourd’hui, il milite au sein de l’ADEPAPE, une association d’entraide pour les personnes ayant été accueillies en protection de l’enfance, qu’il a fondée dans la Somme. Il lutte pour faire respecter la loi sur le contrat jeune majeur, qui stipule que les jeunes doivent être accompagnés jusqu’à 21 ans, sans condition de ressources. Cependant, il constate que cela n’est pas toujours respecté.

L’écriture comme exutoire

Depuis son adolescence, Steven écrit beaucoup. Sur son téléphone, il conserve plus de 1 000 notes, des textes et des phrases qu’il partage sur les réseaux sociaux ou dans un recueil publié il y a deux ans. Pour lui, écrire est un exutoire. Il raconte son enfance, ses traumatismes, et l’inceste qu’il a enfin pu évoquer récemment. Il parle aussi de sa mère qu’il n’a jamais revue.

Malgré une visibilité croissante des problématiques liées à l’ASE dans les médias, Steven estime qu’il reste encore beaucoup à faire pour réformer cette institution, notamment en matière d’accompagnement psychologique. « L’ASE a des psys dédiés, mais si la relation ne fonctionne pas, on est contraint de rester avec eux », déplore-t-il.

En tant que père de deux enfants, il aborde son passé avec précaution, n’expliquant que brièvement la méchanceté de ses parents. « Je lui dirai plus tard, quand il sera plus âgé », conclut-il.

Source : Radio France

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