L’interdiction des réseaux sociaux en Australie semble être un échec, mais pas pour la prochaine génération
À la fin de l’année dernière, l’Australie est devenue le premier pays au monde à interdire l’accès aux réseaux sociaux pour tous les enfants de moins de 16 ans. Six mois après l’entrée en vigueur de cette loi, il apparaît que celle-ci a largement échoué à empêcher les jeunes d’accéder aux plateformes numériques.
Selon une enquête du New York Times, de nombreux Australiens estiment que les effets réels de cette législation ne seront visibles que pour la prochaine génération, celle qui grandira sans jamais avoir accès aux réseaux sociaux.
La commission de la sécurité en ligne australienne, chargée de faire respecter cette loi, a commencé à enquêter sur son application. Les résultats montrent que sept parents sur dix ayant des enfants actifs sur les réseaux sociaux affirment que leurs adolescents continuent d’utiliser ces services. D’autres enquêtes corroborent ces conclusions.
En réalité, peu de jeunes ont véritablement perdu leur compte. Quand cela s’est produit, recréer un nouveau compte n’a pas été particulièrement difficile. Les adolescents ont fait preuve de créativité, utilisant des faux documents pour les vérifications d’âge, des dates de naissance falsifiées, ou en prenant le contrôle de comptes de parents ou de frères et sœurs.
Malgré ces signaux d’échec, d’autres pays envisagent de mettre en place des lois similaires. Récemment, Kanishka Narayan, ministre britannique chargé de l’intelligence artificielle et de la sécurité en ligne, s’est rendu en Australie pour étudier les dispositifs en place, alors que le Royaume-Uni réfléchit à des mes comparables.
La question de la responsabilité de la surveillance des réseaux sociaux reste centrale. Beaucoup estiment que cette responsabilité incombe d’abord aux parents. La loi australienne a renforcé la position de ceux qui avaient déjà pris des mes pour protéger leurs enfants. Des groupes de soutien pour les parents, mobilisés contre la pression des smartphones, avaient commencé à émerger avant l’adoption de la loi. Dany Elachi, père de cinq enfants à Sydney, est l’un des initiateurs de ces groupes.
Dans ces cercles, les parents ont exprimé leur déception face à l’absence d’effets immédiats des politiques anti-réseaux sociaux. Dany Elachi soutient que le changement doit venir des foyers et appelle le gouvernement à responsabiliser davantage les entreprises technologiques.
Le gouvernement australien prévoit de renforcer le dispositif en augmentant la responsabilité des géants de la tech, en leur imposant des amendes pouvant atteindre 34,8 millions de dollars (30,1 millions d’euros). La commission de la sécurité en ligne a annoncé qu’elle enquêtait sur cinq des dix plateformes visées par la loi : Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube, et se prononcera sur de potentielles mes coercitives dans les semaines à venir.
Source : New York Times
