À Rouen, une librairie paie depuis deux ans pour un chantier qui n’a pas commencé
La Ville de Rouen renvoie la responsabilité du chantier à la copropriété, tandis que la Région détaille les aides déjà accordées à la librairie. En novembre 2024, Jessica Lulli, propriétaire de la librairie Les Grimoires de Morgane, exprimait déjà sa crainte de « ne pas finir l’année ». À l’époque, elle estimait avoir perdu environ 10.000 € depuis la mi-juillet, tandis que la copropriété avait voté des travaux à hauteur de 15.000 €. Près de deux ans plus tard, la librairie spécialisée dans les littératures de l’imaginaire est toujours là, mais l’échafaudage aussi.
Deux ans après son installation, le chantier définitif n’a toujours pas commencé. La seule évolution tangible concerne la sécurisation de l’immeuble, réalisée après plusieurs mois d’études. « Des analyses ont été faites, des devis ont été faits, des expertises ont été faites. Le bâtiment a été mis en sécurité. Mais les travaux de la façade n’ont pas commencé. Toujours pas », explique Jessica Lulli.
Une fréquentation réduite de moitié
Jessica Lulli constate une perte de fréquentation d’environ 50 % depuis l’installation de l’échafaudage. Les samedis, jours cruciaux pour la librairie, son activité peut chuter à la moitié de son niveau antérieur. « Le panier moyen n’a pas bougé, voire il augmente. Ce n’est pas un problème d’achat : c’est vraiment un problème de fréquentation. »
Pour compenser cette baisse, elle a adapté son magasin, remplaçant son salon de thé par de nouvelles vitrines et des produits de créateurs. La Région Normandie a soutenu la librairie à deux reprises via le FADEL, pour un total de 12.896 €.
Des livres retournés pour tenir
Pour soulager ses comptes, Jessica Lulli a intensifié le retour d’ouvrages aux distributeurs. « Je fais énormément de retours de marchandises pour regagner en trésorerie. Mes parents m’ont aussi beaucoup aidée pour payer les nouveaux appels de fonds. Moi, on ne me prête plus. » Actuellement, elle rembourse deux emprunts personnels et trois professionnels, avec un rééchelonnement pour alléger la charge mensuelle.
Les dépenses liées à l’immeuble s’élèvent à environ 30.000 € en deux ans, englobant expertises, études et échafaudage. Elle travaille seule dans la boutique et indique que sans le soutien de sa famille, sa situation serait précaire.
Un immeuble étayé, une façade toujours en attente
La dégradation d’un balcon avait conduit à une mise en sécurité demandée par la Ville. Cependant, le début des travaux, initialement prévu pour janvier 2025, n’a pas eu lieu. Jessica Lulli évoque un début de chantier possible dans deux ou trois ans.
Hélène Michot, adjointe au maire de Rouen, confirme que la responsabilité des travaux incombe à la copropriété. La municipalité ne connaît pas les raisons du retard et souligne qu’elle n’est pas responsable des travaux.
Le 30 septembre comme horizon
Le retrait de l’échafaudage est prévu pour le 30 septembre 2026. Un filet transparent pourrait être installé pour prévenir les chutes, permettant aux commerces de redevenir visibles depuis la rue. Jessica Lulli attend cette date avec espoir, espérant que cela lui permettra de redynamiser son activité avant la période des fêtes.
En attendant, la librairie continue de préparer sa fin d’année, avec des décorations d’Halloween en projet, dans l’espoir de retrouver une visibilité perdue.
Source : ActuaLitté

