Touché en plein cœur par les féminicides présumés de Leakkhena Seng et Kerline Jean, le quartier Saint-Michel s’est levé ce jeudi. Près d’une centaine de personnes, organismes, policiers et politiques ont uni leurs voix pour crier leur ras-le-bol face aux féminicides.
« Il faut que l’on arrête de se mobiliser quand il est trop tard », s’est écriée Mara Audet, la directrice générale de la Table de concertation en violence conjugale de Montréal (TCVCM) devant la foule.
À l’origine de l’initiative, Mme Audet et son organisme comptaient en profiter pour envoyer un message clair : éviter les féminicides passe principalement par l’éducation, la prévention et la sensibilisation.
Dans une ambiance qui se voulait conviviale, la population était invitée à rencontrer les membres de divers milieux communautaires, dont des maisons d’hébergement pour femmes et familles victimes de violence conjugale.
« On est ici pour montrer qu’il existe une multitude de services à la disposition de la population », explique-t-elle. « Souvent les ressources sont peu connues ou méconnues dans les milieux. Il faut que les femmes sortent de leur milieu et puissent voir que l’on est là pour les aider. »
L’urgence d’agir
Les divers organismes présents ont pu profiter de la mobilisation pour y aller de divers cris du cœur, interpellant le gouvernement pour que davantage de financement soit octroyé afin de venir en aide aux personnes victimes de violence conjugale.
« Il faut que le discours sur le financement des ressources soit plus présent dans les médias et pas seulement lorsqu’il y a un malheur qui survient », explique Mara Audet.
« Notre but est de sonner une sonnette d’alarme », avoue Sophie Lemay, la directrice de Halte-Femmes Montréal-Nord.
Sur place, de nombreuses personnes tenaient des pancartes montrant du doigt une insensibilité politicienne et appelaient à ce que davantage soit fait de la part des différents paliers gouvernementaux.
« Trois femmes viennent de mourir au mois d’août dans des contextes de violence conjugale. Comment peut-on aider ces femmes-là si les ressources sont insuffisantes ? », se questionne Mme Lemay.
Présent au rassemblement en ce premier jour de la campagne électorale au Québec, le député libéral sortant dans Viau, Frantz Benjamin, s’est dit extrêmement touché par ces cris du cœur citoyens.
« Il y a des actions qui ont été posées à la fin de la dernière session parlementaire avec l’adoption à l’unanimité de la loi Gabie Renaud », a tenu à rappeler le député qui a quand même admis que des ressources supplémentaires étaient nécessaires.
Cette nouvelle loi, adoptée en juin à l’Assemblée nationale, permet désormais à une femme d’obtenir les antécédents en matière de violence conjugale de son conjoint.
« On a convenu avec la table du quartier qu’il était devenu le moment d’en faire une grande priorité », indique Frantz Benjamin. « Au lendemain des élections, il est prévu que l’on s’assoit ensemble pour travailler sur des enjeux d’éducation et de prévention. »
Ne pas perdre espoir
Même si elles ne connaissaient pas les victimes des deux féminicides survenues dans Saint-Michel le 15 et le 17 août dernier, Claudine Andrieux et Muriel Prades tenaient à être présentes à la mobilisation, par solidarité. « On trouve que la situation n’évolue pas dans le bon sens. On est en 2026, c’est tellement triste de voir autant de féminicides », se désole Mme Prades.
L’an dernier, ce sont 17 femmes qui auraient perdu la vie dans un contexte de violence conjugale, selon un dénombrement effectué par la Coalition féministe contre la violence envers les femmes. En 2024, ce chiffre s’élevait à 27 femmes.
En clôture du rassemblement, une minute de silence a été observée en hommage à Leakkhena Seng et Kerline Jean.
Une quatorzième femme serait morte lundi dans un contexte de violence conjugale au Québec cette année, dans le Nord-du-Québec.
Source : La Presse

