Comment les livres anciens sont devenus le graal des entreprises d’IA
Les bouquinistes américains, spécialisés dans la vente de livres d’occasion très rares, constatent une hausse significative de leurs ventes. Selon une enquête du Wall Street Journal, des commandes massives ont été passées par des acheteurs aux noms mystérieux tels que Red Sparrow Project, Blue Finch Project et Green Parrot Project. Ces acquisitions portent sur des ouvrages variés, souvent méconnus, allant de manuels sur la transition économique russe à des guides de procédure civile texane.
Les entreprises d’intelligence artificielle (IA) sont en quête constante de contenus pour alimenter leurs modèles. Les livres rares, en particulier ceux qui n’ont jamais été numérisés, sont devenus des ressources précieuses. Ces ouvrages, souvent oubliés dans des greniers, représentent une mine d’informations qui peuvent améliorer la performance des IA et les différencier de leurs concurrents.
Un élément révélateur pour les libraires est la forte demande pour les livres possédant un ISBN, un identifiant unique créé dans les années 70. Ce numéro permet aux entreprises d’IA de savoir quelle édition a déjà été intégrée à un modèle. Bien que cela puisse sembler bénéfique pour les ventes des bouquinistes, la réalité est plus complexe.
Les entreprises d’IA ne se contentent pas de numériser les livres ; elles les détruisent souvent dans le processus. Une enquête de 404 Media a révélé que certains livres achetés étaient découpés et jetés après numérisation. En 2024, Anthropic, une entreprise d’IA, a également acquis des millions de livres, les faisant trancher et recycler après traitement, dépensant des dizaines de millions de dollars dans cette démarche.
Cette destruction soulève des préoccupations importantes. Les livres sont des objets culturels et patrimoniaux, essentiels à la mémoire collective. La tendance actuelle à les sacrifier pour l’IA représente un changement culturel significatif. Un libraire a même noté : « Je ne m’étais jamais rendu compte que mon métier consistait à vendre des livres à des humains, jusqu’à ce que les robots commencent à m’en acheter. »
Cette situation met en lumière un dilemme éthique et culturel qui mérite une attention accrue.
Source : Wall Street Journal

