Cinémas de répertoire : un succès à contre-courant
Alors que les salles de cinéma sont délaissées un peu partout au Québec, les cinémas de répertoire de Montréal affichent une santé insolente. Selon leurs responsables, les affaires n’ont presque jamais été aussi florissantes.
Le 1er juin dernier, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a publié son rapport annuel sur la fréquentation des salles de cinéma en 2025. Ce rapport révèle que les Québécois fréquentent moins les salles obscures qu’auparavant, avec une baisse de 15 % des entrées par rapport à 2024 et de 39 % par rapport à 2019. Des chiffres alarmants, mais qui ne reflètent pas la réalité de tous les acteurs de l’industrie. Roxanne Sayegh, directrice générale de Cinéma Cinéma, qui regroupe le Cinéma Beaubien, le Cinéma du Parc et le Cinéma du Musée, affirme : « Au contraire, ça va bien, 2026 va très bien. »
Au cours des six premiers mois de l’année 2026, les salles de Cinéma Cinéma ont enregistré une augmentation de 15 % de l’achalandage par rapport à la même période en 2025. Ce n’est pas un coup de chance : l’enseigne a constaté une hausse de 26 % de l’achalandage sur les trois dernières années financières. Mme Sayegh indique que le succès prépandémique de l’année 2018-2019 a même été surpassé en 2024-2025.
La Cinémathèque québécoise connaît une tendance similaire, selon Guillaume Lafleur, directeur de la diffusion et de la programmation. Il observe une « augmentation significative et un renouvellement de notre public, en particulier chez les jeunes et les étudiants. »
Cependant, la baisse d’achalandage observée dans l’étude de l’ISQ soulève des questions. Les cinémas commerciaux, tels que Cinéplex et Ciné Starz, représentent une part importante du marché québécois, occupant environ 60 % des fauteuils et projections disponibles, tout en générant 75 % des recettes et de l’assistance, selon Pascal Genêt, chargé de projet de l’étude.
Les cinémas de répertoire, malgré leur succès, demeurent marginalisés dans ces études de grande envergure. Ce regain d’intérêt survient dans un contexte délicat, marqué par la pandémie de COVID-19 qui a gravement affecté le milieu culturel. En 2023, la grève générale de la SAG-AFTRA a également paralysé le cinéma hollywoodien pendant 118 jours, impactant principalement les cinémas commerciaux.
Pierre Barrette, professeur à l’Université du Québec à Montréal, note que les cinémas de répertoire semblent sortir de leur traversée du désert. Il rappelle qu’il y a dix ans, le Cinéma Beaubien et le Cinéma du Parc étaient en difficulté. Leur regroupement sous l’enseigne Cinéma Cinéma a marqué le début d’une rédemption.
Pour M. Barrette, un exode a eu lieu vers les cinémas commerciaux, avec des cinéphiles déçus par la programmation et un grand public préférant rester chez soi. Cependant, la diversité de la programmation des cinémas de répertoire, qui inclut des rétrospectives et des projections commentées, attire un public passionné.
La situation des cinémas indépendants en région, en revanche, s’avère plus complexe, avec des difficultés marquées pour les salles des petites villes. Sonya Lakota William, directrice du Réseau des exploitants canadiens indépendants, souligne que ces cinémas ruraux souffrent souvent d’un manque de fréquentation.
Les cinémas de répertoire de Montréal, conscients de leur position privilégiée, s’efforcent d’améliorer la visibilité du cinéma d’auteur en région, par le biais de partenariats avec des festivals locaux.
Source : Institut de la statistique du Québec (ISQ)

