Les passionnés d’astronomie utilisent des navigateurs pour s’orienter avec les étoiles.

Les passionnés de l’espace: navigateur astronomique, s’orienter grâce aux étoiles [4/5] - Reportage France

Cette semaine, RFI s’intéresse aux passionnés de l’espace en France. Dans ce quatrième épisode, nous prenons la mer à la rencontre de marins amateurs qui se forment à la navigation astronomique. Loin des GPS et de l’électronique embarquée, la technique consiste à déterminer sa position grâce aux astres.

Nous embarquons depuis Belle-Île-en-Mer, une île rocheuse située à une vingtaine de kilomètres des côtes du Morbihan, dans l’ouest de la France. Plus précisément à bord du Whirlwind, un voilier monocoque de vingt mètres de long. À son bord, un capitaine, un second et quatre navigateurs amateurs, encadrés pendant quatre jours par Philippe Posth.

Avec son ciré jaune, ses cheveux poivre et sel et sa voix grave, l’homme a l’allure d’un marin chevronné. Il n’est pourtant pas un professionnel de la barre, plutôt un navigateur du dimanche, « un plaisancier », précise-t-il. Mais Philippe Posth est avant tout commerçant : il vend des calculatrices, des ouvrages spécialisés et des sextants, l’objet incontournable pour la pratique de la navigation astronomique, sa véritable passion.

« Le sextant est un instrument de me optique qui me des angles entre des astres et l’horizon », développe ce mordu d’astronomie, exemplaire à la main. L’astre en question peut être la Lune, certaines planètes ou certaines étoiles. Mais dans neuf cas sur dix, c’est le Soleil qui est visé, car il est plus facile à identifier.

Margo, l’une des quatre stagiaires, se lance dans une démonstration avec le maximum de précautions : « Je dois d’abord mettre les filtres pour protéger mes yeux », dit-elle en portant le sextant à son œil. « Je le lève vers le Soleil, puis je tourne le cadran, qu’on appelle le limbe, pour ramener l’image du Soleil vers l’horizon et ainsi déterminer l’angle », précise cette navigatrice amatrice qui aimerait perfectionner ses connaissances dans le monde de la voile.

Mais l’exercice tourne court. Les nuages s’amoncellent au-dessus du voilier, empêchant toute percée du Soleil. L’horizon devient laiteux. Margo retire un filtre, puis deux, dans une ultime tentative de visée, mais rien n’y fait, le ciel est couvert pour de bon. C’est la limite de la navigation astronomique : la météo doit obligatoirement être de la partie pour réaliser des relevés exploitables.

« La visée au sextant est l’étape la plus difficile », confirme Philippe Posth. Elle exige concentration et précision. Un mauvais réglage de l’appareil ou une lecture imprécise peuvent provoquer des écarts importants. « Une erreur de quatre secondes dans l’heure de la prise de vue entraîne un écart d’un mille marin à l’arrivée. »

Calcul de trigonométrie

La prise de vue n’est que la première étape. Le deuxième acte se joue autour d’une table dans la cale du voilier. Il s’agit de convertir en longitude et en latitude les relevés réalisés au sextant, en effectuant une série de calculs mathématiques qui a de quoi effrayer les yeux novices.

« Ce ne sont que des additions et des soustractions, tempère Philippe Posth. La seule difficulté, c’est de savoir où trouver la recette. » On l’obtient grâce à deux ouvrages : les éphémérides, « qui donnent la position des astres pour chaque heure et chaque seconde de l’année », et des tables de navigation précalculées qui permettent de résoudre rapidement de copieuses équations de trigonométrie.

Avec le résultat obtenu, on obtient une localisation volontairement… fausse. « C’est un raisonnement par l’absurde, explique Philippe Posth. On part d’une position erronée et on utilise cette erreur pour corriger la fausse position et obtenir la position exacte. »

Ce périple mathématique permet de déterminer une droite de hauteur. Le voilier se trouve quelque part sur ce tracé. Où exactement ? On l’ignore encore. Pour le savoir, il faut tout recommencer depuis le début ! La visée et les calculs. Mais au minimum trois heures plus tard, lorsque le Soleil a bien tourné. « La seconde visée permet de croiser la première droite de hauteur. L’intersection des deux droites donne la position exacte du navire. »

L’apparition du GPS à la fin du 20e siècle a relégué la navigation astronomique dans les livres d’histoire et le sextant dans le club des objets patrimoniaux. Mais aussi pratique soit-elle, la technologie n’est pas infaillible, d’où l’utilité de se former. « J’aimerais être autonome en cas de problème électronique à bord de mon bateau, développe Margo. Si vous n’avez aucun moyen de connaître votre position, vous êtes à la merci de vous échouer sur un rocher par exemple, dont vous ignorez l’existence, car vous ne pensez pas être là où vous êtes. »

Une navigation autonome et intuitive

Le sextant et la navigation astronomique retrouvent également un intérêt stratégique dans le monde version 2026. « Dans les marines française et américaine, le sextant, un temps oublié, est à nouveau utilisé, remarque Laurent Nieuwjaer, le capitaine du Whirlwind. La guerre technologique se traduit par le brouillage des systèmes de navigation. Le fait de pouvoir se positionner de façon empirique et manuelle permet une navigation plus sûre. »

Au-delà de l’aspect utile, ajoute-t-il, la navigation astronomique offre le plaisir de voguer de façon plus intuitive, à l’opposé de ce que propose la tablette tactile, accrochée à la barre du voilier qu’il dirige. « Elle me détaille la route à suivre et les obstacles à éviter. Si le bateau dispose en plus du pilotage automatique, il peut suivre une route seul, sans aucun problème. »

Réinvestir cette technique de navigation est une façon de préserver un pan entier de la culture marine et de l’histoire des grands explorateurs, dans laquelle se projette Margo : « Je trouve cela romantique de me sentir, à ma petite échelle, dans la même lignée que les navigateurs du 18e siècle, qui ont traversé les océans avec le sextant comme clé de réussite de leur navigation. »

Placer sa route entre les mains du ciel, complète Philippe Posth, est aussi le meilleur moyen d’y être plus sensible. « C’est extraordinaire, on arrive à une précision de l’ordre de deux à trois kilomètres, en ayant mesuré le Soleil qui est à 150 millions de kilomètres. La navigation astronomique permet de voir le ciel avec un autre regard, en comprenant la position des astres les uns par rapport aux autres. C’est l’astronomie du côté pratique. »

En vingt-cinq ans de formation, Philippe Posth a vu passer peu de jeunes marins et le regrette. Mais il se console en se disant que cette passion se découvre peut-être avec l’âge.

Les passionnés de l’espace: chasseurs de météorites, l’univers à portée de main [3/5]

Source : RFI.

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