​​Projet de loi agricole : l’eau en danger​

Projet de loi agricole : l’eau en danger

Le Gouvernement présente demain en Conseil des Ministres un nouveau projet de loi agricole, sous la pression d’une partie du monde agricole industriel. Le texte comprend plusieurs dispositions jugées préoccupantes pour la santé publique, l’environnement et la durabilité de notre alimentation ainsi que l’accès à l’eau potable.

Encourager l’irrigation illégale et la multiplication des stockages

Actuellement, dans plus d’un tiers de la France, l’eau réellement disponible est inférieure aux prélèvements existants, qu’il s’agisse d’une période de sécheresse ou non. Les sécheresses touchent de plus en plus de personnes, entraînant des restrictions d’usage. La Cour des Comptes souligne qu’une « stratégie déterminée de réduction des prélèvements d’eau et d’utilisation raisonnée de la ressource est seule susceptible d’apporter une solution de long terme ».

À l’opposé de cette préconisation, le projet de loi prévoit des mes visant à favoriser la monopolisation de l’eau par une minorité d’agriculteurs. Il permettrait, par exemple, à un agriculteur de continuer à prélever de l’eau dans un cours d’eau déclaré illégal par un juge, et ce, pour une durée supplémentaire de deux ans par simple décision préfectorale.

De plus, des dérogations pourraient être accordées pour des projets de stockage d’eau qui ne respecteraient pas la réglementation locale définie dans les Schémas d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SAGE). Cela pourrait affaiblir la démocratie locale en matière de gestion de l’eau. Entre 2020 et 2025, plus de 450 nouvelles retenues d’eau ont été construites en France, totalisant environ 15 millions de mètres cubes.

Plus d’incertitude pour les pesticides dans l’eau potable

Les nitrates et pesticides sont responsables de 41 % des dégradations de la qualité de l’eau, ce qui constitue le principal motif de fermeture des captages. En conséquence, près de 20 millions de Français ont été alimentés au moins une fois en 2024 par de l’eau dépassant les limites de qualité. France Nature Environnement appelle à l’interdiction des pesticides de synthèse dans les aires d’alimentation des captages d’eau potable.

Malgré cette demande, le Gouvernement n’a pas pris les mes nécessaires pour protéger les zones les plus sensibles. Le projet de loi semble retarder l’adoption de mes cruciales pour la santé publique.

Une porte ouverte pour les néonicotinoïdes

L’été dernier, plus de deux millions de personnes avaient exprimé leur opposition à la loi Duplomb, qui visait à réautoriser les néonicotinoïdes. Bien que le Conseil Constitutionnel ait censuré l’article de cette loi, le sénateur Duplomb a annoncé son intention de proposer un nouveau texte à cet égard. Le projet de loi actuel pourrait servir de base à de futurs amendements en faveur de la réautorisation des néonicotinoïdes, ce qui soulève des inquiétudes supplémentaires pour l’environnement.

Antoine Gatet, Président de France Nature Environnement, a déclaré : « Notre demande aux parlementaires est claire : encourager une agriculture qui protège notre santé et qui s’adapte à la raréfaction de l’eau, plutôt que de faire des cadeaux à ceux qui portent atteinte et s’accaparent une ressource de plus en plus rare. »

Source : France Nature Environnement

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