Des opérations hospitalières suspendues en Tunisie en raison de coupures d’électricité.

« Des hôpitaux font des opérations dans le noir » : la chaleur et la clim privent la Tunisie d’électricité

Des hôpitaux font des opérations dans le noir : la chaleur et la climatisation privent la Tunisie d’électricité

Bizerte (Tunisie), correspondance

Cet été, la Tunisie fait face à des coupures d’électricité sans précédent, exacerbées par des températures atteignant presque 50 °C. Les coupures ont été si fréquentes et prolongées qu’elles ont affecté tous les secteurs, y compris les hôpitaux, où des opérations ont été menées dans l’obscurité.

Les coupures, souvent qualifiées de « délestages », sont le résultat d’une consommation d’électricité en forte hausse due à l’utilisation massive des climatiseurs. La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) a été contrainte de couper le courant temporairement dans certaines zones pour éviter une panne généralisée. Ces coupures ont duré parfois plus d’une journée et ont touché des régions au-delà de celles initialement prévues.

Un témoignage poignant est celui de Chiheb, qui a perdu son père le 23 juillet. Dans une vidéo, il dénonce l’absence d’électricité alors que son père, malade et dépendant d’un appareil à oxygène, se trouvait dans une situation critique. Wajih Dhokkar, président de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins, a déclaré que certains hôpitaux ne pouvaient alimenter que trois ou quatre services vitaux avec leurs générateurs. Il a estimé qu’entre 150 et 200 personnes étaient mortes à cause de la chaleur au cours des jours précédents, selon des informations non officielles.

Les coupures d’électricité révèlent également des fragilités structurelles dans le système électrique tunisien. Près de 75 % de l’approvisionnement en gaz, essentiel à la production d’électricité, provient d’Algérie. Une panne dans ce pays voisin a aggravé la situation en réduisant les quantités d’électricité exportées vers la Tunisie. L’endettement de l’État a freiné les investissements nécessaires pour moderniser les infrastructures, et le développement de solutions solaires a été entravé par des blocages institutionnels.

La crise énergétique en Tunisie s’inscrit dans un contexte plus large de problèmes d’approvisionnement en électricité observés dans d’autres pays, tels que la Roumanie et la France, où des défaillances ont également été signalées en raison de la chaleur.

En plus des coupures d’électricité, la Tunisie a souffert d’importants incendies cet été, brûlant 4 400 hectares de forêt au 23 juillet, une augmentation par rapport aux 2 705 hectares à la même période en 2025. Les terres agricoles ont été particulièrement touchées, avec des incendies affectant principalement les cultures céréalières.

Les manifestations contre les pénuries d’eau et d’électricité se multiplient. En juillet, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a recensé 1 101 mobilisations, un chiffre record pour un mois de juillet. Les coupures d’électricité ont perturbé le fonctionnement des stations de pompage, aggravant ainsi les pénuries d’eau.

Face à cette crise, le président Kaïs Saïed a qualifié les coupures d’« anormales » et a imputé la responsabilité à des forces hostiles non nommées, tout en affirmant que les citoyens sont conscients des tentatives d’attiser les tensions.

Chiheb, après avoir enterré son père, a décidé de retourner en Arabie saoudite. Il a depuis déposé plainte contre la Steg, espérant obtenir justice.

Source : Reporterre

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