Gao Zhen condamné à trois ans de prison en Chine pour atteinte à la réputation des héros nationaux
Le 25 août, le tribunal populaire de Sanhe, situé dans la province du Hebei, à environ soixante kilomètres de Pékin, a condamné l’artiste Gao Zhen à trois ans de prison pour « atteinte à la réputation et à l’honneur des héros et des martyrs ». Cette peine maximale a été prononcée à l’issue d’un procès à huis clos qui s’est tenu en mars. Gao Zhen, âgé de 70 ans, est en détention préventive depuis son arrestation le 26 août 2024 et sera libéré le 25 août 2027.
Cette affaire soulève des préoccupations majeures concernant la liberté d’expression et de création en Chine. Les œuvres pour lesquelles Gao Zhen a été condamné ont été réalisées entre 2005 et 2009, soit plus d’une décennie avant l’adoption de l’article 299–1 du Code pénal chinois, qui punit les atteintes à la réputation des « héros et martyrs ». Cette législation, mise en place dans un contexte de renforcement de la cen sur la mémoire nationale, a été utilisée pour incriminer l’artiste. De plus, une loi adoptée en juin 2021 protège spécifiquement le statut et les droits des militaires, interdisant de dénigrer leur honneur.
Gao Zhen, en collaboration avec son frère Gao Qiang, a été l’une des figures emblématiques de l’art contemporain engagé en Chine durant les années 2000. Leur travail critiquait le culte de Mao Zedong et les traumatismes de la Révolution culturelle. Parmi leurs œuvres notables, la série « Miss Mao » dépeint des bustes de Mao Zedong sous des formes grotesques, tandis que des pièces comme La Culpabilité de Mao et L’Exécution du Christ remettent en question la figure du dictateur.
L’arrestation de Gao Zhen s’inscrit dans un contexte familial marqué par la répression. Originaire d’une famille ouvrière du Shandong, il a perdu son père durant la Révolution culturelle. Bien qu’ayant vécu aux États-Unis, il était retourné en Chine en août 2024 pour des raisons familiales lorsqu’il a été arrêté. Au cours de la perquisition de son atelier à Yanjiao, 118 œuvres ont été saisies.
Le procès, qui s’est déroulé dans l’opacité, a été critiqué par des organisations de défense des droits humains. L’épouse de l’artiste, Zhao Yaliang, ainsi que des diplomates américains, ont été exclus de l’audience. Actuellement, Gao Zhen partage une cellule de 40 m² avec quatorze autres détenus et souffre de problèmes de santé qui nécessitent l’utilisation d’un fauteuil roulant.
Depuis son arrestation, sa famille est contrainte de rester en Chine, tandis que son frère, Gao Qiang, continue de sensibiliser l’opinion internationale. Le 2 septembre 2024, un appel signé par 181 artistes, écrivains et intellectuels chinois a exigé la libération de Gao Zhen. Cette condamnation envoie un message fort au monde de l’art : les œuvres anciennes peuvent désormais être utilisées contre leurs créateurs si elles remettent en question le récit officiel, illustrant ainsi une cen qui transcende le temps.
Source : Beaux Arts Magazine.

