Réchauffement climatique : le crabe prédateur et le poisson mordeur menacent la Méditerranée.

« Poisson mordeur », crabe prédateur : comment le réchauffement bouleverse la Méditerranée

Poisson mordeur et crabe prédateur : comment le réchauffement bouleverse la Méditerranée

Cet été, le baliste (Balistes capriscus), surnommé le « poisson mordeur », a suscité l’attention sur la côte d’Azur en raison de son comportement territorial et agressif, particulièrement durant la période de reproduction. Thierry Perez, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique, souligne l’impact du réchauffement climatique sur la répartition de cette espèce. Originaire des eaux chaudes de l’Atlantique, le baliste s’établit progressivement dans le bassin méditerranéen, notamment par le détroit de Gibraltar, et suit le mouvement de plusieurs espèces vers les eaux plus froides du nord et de l’ouest.

En juin 2025, certaines zones de la Méditerranée ont enregistré des températures allant jusqu’à 5 °C au-dessus des normales saisonnières. Thierry Perez explique que le gradient thermique évolue, rendant les régions traditionnellement fraîches plus chaudes, ce qui modifie l’aire de répartition des espèces.

Des espèces en mouvement vers le nord et l’ouest

Des espèces comme la dorade coryphène (Coryphaena hippurus) migrent vers le nord, et leur pêche se développe autour de Malte, en Tunisie et en Libye, devenant plus fréquente au large de Marseille. Le poisson-lapin (Siganus rivulatus), observé pour la première fois en 2008 dans le golfe du Lion, fait partie des espèces arrivées depuis la mer Rouge, en progression vers le nord-ouest.

La venimeuse rascasse-volante (Pterois volitans) et d’autres espèces d’origine indo-pacifique, comme le poisson-trompette (Aulostomus chinensis), sont également signalées sur les côtes méditerranéennes françaises depuis 2007. De plus, le barracuda, autrefois rare, est désormais courant dans des zones comme Marseille ou le Var.

Des nouvelles espèces qui pourraient transformer les écosystèmes

L’arrivée de nouvelles espèces entraîne des bouleversements dans les écosystèmes méditerranéens. Le poisson-lapin, herbivore vorace, exerce une pression de pâturage intense sur les algues, transformant les fonds rocheux en zones stériles. Cela crée une concurrence alimentaire avec les herbivores indigènes comme la saupe (Sarpa salpa).

Les grands prédateurs, tels que le barracuda et le poisson-flûte (Fistularia commersonii), migrent également vers le nord, entrant en compétition avec les espèces locales. Le poisson-globe (Lagocephalus sceleratus), observé pour la première fois en 2005 dans les eaux grecques, est devenu un problème en raison de sa voracité.

Écosystèmes bouleversés

Le crabe bleu (Callinectes sapidus), originaire de l’Atlantique, prolifère dans les estuaires et les lagunes d’Occitanie, de Corse et du Var, dévastant les populations de palourdes en mer Adriatique. En 2021, une algue rouge invasive, Lophocladia lallemandii, a été repérée au large de Port-Cros, menaçant les herbiers de posidonie, essentiels pour l’écosystème.

Les espèces locales, notamment certains planctons et crevettes, se trouvent fragilisées par le réchauffement. Les gorgones et les coraux rouges subissent des mortalités massives, et la profondeur d’apparition de certaines espèces a considérablement augmenté.

Conclusion

La Méditerranée se réchauffe à un rythme supérieur de 20 % à la moyenne mondiale, entraînant des modifications dans la répartition des espèces. Les écosystèmes marins méditerranéens sont en train de connaître une révolution induite par le climat, plongeant la région dans un territoire inconnu.

Source : Reporterre

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