Référendum sur l’Europe : un poisson nommé Islande
Ce 29 août 2026, les Islandais sont appelés aux urnes pour un référendum sur la réouverture d’un processus d’adhésion à l’Union européenne (UE), interrompu depuis plus d’une décennie. Le scrutin est consultatif, même si le gouvernement s’est engagé à respecter le résultat. Si le « oui » l’emporte, de nouvelles négociations seraient engagées, et un accord final d’adhésion devrait ensuite être soumis aux Islandais. À quelques jours du vote, les sondages témoignent d’un pays profondément partagé, illustrant un dilemme de souveraineté et de puissance. Ce scrutin soulève également une question stratégique pour l’UE : peut-elle développer une nouvelle ambition maritime et halieutique si l’Islande intègre la Communauté ?
Points de repère spatio-temporels
L’Islande, avec moins d’un demi-million d’habitants, semble périphérique sur une carte. Cependant, sur une carte océanique, elle occupe une position charnière entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Arctique. Ce paradoxe géopolitique fait de l’Islande une petite puissance terrestre, mais une grande puissance maritime. Elle est déjà profondément intégrée dans l’espace européen, étant membre fondateur de l’OTAN, de l’Association européenne de libre-échange, de l’Espace économique européen et de l’espace Schengen. Toutefois, deux secteurs essentiels, l’agriculture et la pêche, restent à l’écart du fonctionnement ordinaire de l’EEE.
La singularité halieutique islandaise
La pêche et l’aquaculture représentent environ 7 % du PIB, 5 % de l’emploi et près de 40 % des exportations islandaises de marchandises. Les captures annuelles atteignent en moyenne 1,4 million de tonnes, dont environ 710 000 tonnes d’espèces démersales et 550 000 tonnes de poissons pélagiques. La pêche n’est pas une activité périphérique ; elle est au cœur de l’identité et de l’économie islandaises. Les produits de la mer islandais sont largement présents sur le marché européen, et le pays a su s’adapter aux défis du Brexit.
La pêche en Islande, attribut de souveraineté
Historiquement, la maîtrise des ressources maritimes a été un symbole d’indépendance nationale pour l’Islande. Les « guerres de la morue » des années 1950 à 1970 ont permis à Reykjavik d’étendre ses zones de pêche jusqu’à 200 milles nautiques. Aujourd’hui, l’Islande défend jalousement le contrôle de ses stocks et quotas, et une éventuelle adhésion à l’UE obligerait le pays à négocier son intégration à la politique commune de la pêche, ce qui est politiquement délicat.
Entrer dans l’UE en rejetant le poisson ?
La Politique commune de la pêche (PCP) ne fait pas rêver Reykjavik, surtout dans un contexte où l’UE peine à définir une stratégie halieutique claire. La PCP cherche à concilier exploitation économique, renouvellement des stocks et protection des écosystèmes marins, mais de nombreux pêcheurs européens ressentent une pression croissante sur leurs ressources. La question se pose donc : comment l’Europe peut-elle préserver ses ressources tout en maintenant sa capacité à produire ?
Se tourner vers l’avenir
Le Brexit a restreint l’Europe maritime, mais l’adhésion de l’Islande pourrait l’élargir. La zone économique exclusive islandaise représente environ 758 000 km², et son intégration à l’UE pourrait accroître l’espace maritime des États membres. Les captures islandaises représentent environ 30 % des volumes actuellement pêchés par l’UE27, et l’Islande pourrait devenir un acteur clé de la capacité halieutique européenne.
Le référendum islandais pourrait relancer un débat européen sur la gestion des ressources maritimes. L’UE pourrait transformer l’Islande, mais l’Islande pourrait aussi influer sur la vision halieutique de l’UE. Ce processus interroge la nature même de l’élargissement de l’UE : s’agit-il simplement d’étendre un espace juridique, ou peut-il également renforcer les capacités de puissance de l’Union ?
Quand les poissons déplacent la géopolitique
La question euro-islandaise est également influencée par le changement climatique, qui modifie la répartition des espèces maritimes. Les tensions autour des quotas de pêche, comme celles observées avec le maquereau, pourraient s’intensifier à me que les écosystèmes évoluent. La gouvernance halieutique devient alors une forme de géopolitique climatique, renforçant la valeur stratégique des États disposant d’une expertise maritime et d’une industrie halieutique performante.
La campagne référendaire incite les Islandais à réfléchir à ce que l’UE pourrait leur apporter, tout en s’interrogeant sur les bénéfices que l’UE pourrait tirer d’une éventuelle adhésion de l’Islande. Le sujet halieutique, avec ses implications économiques et environnementales, sera au cœur des discussions à venir.
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