Ogooué-Ivindo utilise des clôtures pour gérer le conflit homme-éléphant au Gabon

Conflit homme-éléphant : l’Ogooué-Ivindo mise sur les clôtures pour retrouver l’équilibre | Gabonreview.com

Conflit homme-éléphant : l’Ogooué-Ivindo mise sur les clôtures pour retrouver l’équilibre

Longtemps confrontée aux incursions répétées des éléphants dans les plantations, l’Ogooué-Ivindo semble aujourd’hui connaître une accalmie. Avec 485 clôtures électriques mobiles installées dans 190 villages, la province bénéficie du plus important dispositif national. Cette initiative contribue à sécuriser les cultures, renforcer la sécurité alimentaire et relancer progressivement l’activité agricole.

À quelques jours de la Fête de la Libération, prévue le 30 août 2026 à Makokou, l’Ogooué-Ivindo revient sous les projecteurs. La province porte encore les stigmates d’un conflit homme-éléphant qui, pendant plusieurs années, a profondément perturbé la vie des communautés rurales. Dans une région où l’agriculture vivrière représente une source essentielle d’alimentation et de revenus, les destructions répétées de cultures avaient alimenté frustration et colère.

Cette tension avait notamment éclaté à Mékambo en 2021, avec une opération « ville morte », puis à Batouala en avril 2023, lorsque des femmes avaient bloqué les voies d’accès à Mékambo pour dénoncer les dégâts causés par les éléphants. « Les éléphants, venez voter ! », avaient-elles lancé, résumant le sentiment d’abandon exprimé par une partie des populations.

Ces mobilisations ont contribué à faire évoluer la réponse publique. À la suite des consultations et des Assises nationales consacrées au conflit homme-éléphant en 2021, les autorités ont progressivement renforcé les solutions préventives. Depuis 2022, le ministère des Eaux et Forêts bénéficie de l’appui technique de l’ONG Space for Giants pour le déploiement des clôtures électriques mobiles (CEM).

Alimentées à l’énergie solaire, ces installations délivrent une impulsion électrique destinée à dissuader les éléphants d’accéder aux plantations. Une solution qui permet de protéger les cultures tout en préservant les animaux. L’Ogooué-Ivindo se distingue par l’ampleur de son dispositif, contribuant à améliorer la sécurité alimentaire de 5 541 personnes. La province arrive ainsi en tête des neuf provinces du Gabon en matière de déploiement.

Les effets commencent à être visibles. À Lata, village progressivement abandonné sous l’effet des difficultés agricoles, le retour des populations a accompagné la reprise des activités agricoles après l’installation des clôtures en 2024. À Makokou, les conséquences se font également sentir sur les marchés. Manioc et bananes produits localement y sont de nouveau davantage présents, alors que leur disponibilité avait diminué au cours des dernières années.

L’accalmie observée ne signifie pas la fin du conflit. Près de 300 demandes de clôtures sont encore enregistrées dans la province, reflétant un intérêt croissant des communautés pour un dispositif dont les effets sont visibles dans les zones déjà protégées. Le défi est désormais d’étendre la protection aux territoires encore exposés et de préserver les acquis.

À l’échelle nationale, le programme financé par CAFI prévoit le déploiement de 1 800 clôtures électriques mobiles dans les neuf provinces sur deux ans. Selon les dernières informations, cet objectif pourrait être atteint bien avant l’échéance prévue.

Le cas de l’Ogooué-Ivindo montre que la solution ne se limite pas à éloigner les éléphants des plantations. Elle permet aussi de restaurer la confiance, de sécuriser l’alimentation et de redonner aux communautés rurales la possibilité de produire durablement.

En Ogooué-Ivindo, le conflit homme-éléphant semble donc entrer dans une nouvelle phase, où la protection de la faune et la défense des moyens de subsistance des populations ne sont plus perçues comme contradictoires, mais comme les deux faces d’un même défi.

Source : GabonReview

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