Les "Etats-Unis d’Europe", le rêve inachevé de Winston Churchill

Les « Etats-Unis d’Europe », le rêve inachevé de Winston Churchill

Winston Churchill, figure emblématique de la résistance contre Adolf Hitler, a proposé il y a quatre-vingts ans une vision pour l’Europe dévastée par la guerre : l’édification des « Etats-Unis d’Europe ». À une époque où le chaos géopolitique refait surface, ses idées méritent d’être examinées de nouveau.

Le 19 septembre 1946, lors d’un discours à Zurich, Churchill, alors hors du pouvoir, évoque l’unification européenne comme un moyen de prévenir les atrocités passées. Il appelle l’Allemagne, pays vaincu, et la France, vainqueur, à se réconcilier, affirmant que le développement de la « famille européenne » nécessite une France et une Allemagne « spirituellement grandes ». Il propose la création d’un « Conseil européen » et prédit que l’entente en Europe pourrait conduire à un bonheur et une prospérité sans limites.

À la sortie de la guerre, tant les Britanniques que les Américains voyaient la construction européenne comme un moyen d’intégrer l’Allemagne dans un cadre supranational tout en empêchant la domination soviétique. George Kennan, diplomate américain, soulignera en 1948 : « Sans une vraie fédération européenne, soit l’Allemagne redevient forte et indépendante, soit c’est la Russie qui dominera le continent. »

« Que l’Europe se lève ! »

Le projet de Churchill a en partie pris forme. Quatre ans après son discours, la France propose à l’Allemagne de partager leurs ressources en charbon et acier, marquant ainsi le début de l’Union européenne. Cette période de paix, la plus longue que l’Europe ait connue, est accompagnée de nombreuses avancées paneuropéennes. L’Europe, en s’unissant, apprend à se fonder sur son « soft power » plutôt que sur ses armes.

Cependant, alors que le « hard power » regagne en importance et que l’autoritarisme s’accroît, l’ambition d’un pouvoir normatif européen démocratique s’affaiblit. Elle se heurte à la volonté de la Russie de reprendre le contrôle de l’ancien espace soviétique, à l’affirmation de la puissance de la Chine et à l’animosité croissante des États-Unis, qui se retirent de leur rôle protecteur. L’existence même de l’Union européenne est mise à mal par la montée de populismes eurosceptiques, alimentés par des bouleversements économiques et sociétaux.

Face à ces enjeux, les dirigeants européens pourraient tirer parti de deux idées de Churchill : d’une part, les Etats européens ont des intérêts communs qui coïncident avec leurs intérêts nationaux ; d’autre part, une Europe faible et divisée est une Europe en danger. Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, a récemment souligné la nécessité d’agir comme un seul État. Le rêve fédéral pourrait renaître, mais il reste à trouver le leader capable d’incarner cette vision au XXIe siècle.

Source : L’Express.

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