En Afrique, les modèles chinois bousculent les géants américains de l’IA

En Afrique, les modèles chinois bousculent les géants américains de l’IA

Publié le : 26/08/2026 – 05:31

Les modèles d’intelligence artificielle (IA) chinois tels que Qwen, DeepSeek, Kimi ou GLM gagnent en popularité auprès des entreprises africaines. Moins coûteux, souvent téléchargeables et parfois plus efficaces sur les langues locales, ces outils constituent une alternative aux solutions américaines, sans toutefois mettre fin aux dépendances technologiques du continent.

En Ouganda, par exemple, la plateforme Sunflower utilise Qwen, un modèle développé par Alibaba, pour fournir des prévisions météorologiques et des conseils agricoles dans plus de 30 langues locales. Les tests effectués avec des outils de Meta et de Google ont montré que Qwen était plus performant pour comprendre les langues ougandaises, qui manquent souvent de données pour l’entraînement des intelligences artificielles.

Cette situation met en lumière un retard linguistique coûteux. Les langues faiblement numérisées exigent davantage de travail et de données pour être correctement traitées. Les modèles chinois, plus flexibles, permettent de créer des outils spécialisés sans repartir de zéro.

Le prix fait la différence

Cette tendance se reflète dans le secteur des entreprises. Au Kenya, des systèmes chinois sont utilisés pour numériser des archives juridiques ou automatiser des services bancaires, traitant de gros volumes de documents à un coût bien inférieur à celui des fournisseurs américains. Au Nigeria, la plateforme d’assurance Curacel utilise GLM pour des tâches telles que le codage et l’extraction de données, tout en continuant à recourir aux modèles occidentaux pour les opérations plus complexes.

Il n’y a donc pas de transition radicale d’un écosystème à un autre. Les entreprises choisissent leurs outils en fonction des besoins : un modèle chinois pour les tâches répétitives et peu coûteuses, un modèle américain lorsque la précision est essentielle.

Les données restent, la dépendance se déplace

Les modèles chinois offrent également l’avantage de pouvoir être téléchargés et installés sur les serveurs des entreprises, ce qui est crucial pour les banques et les fintechs. Cela permet de garder les données financières et les dossiers clients sur place, évitant ainsi leur transfert vers des plateformes externes. Toutefois, l’utilisation de ces modèles en interne nécessite des compétences techniques et un matériel adéquat, ce qui signifie que la dépendance se déplace vers les fournisseurs de matériel et de cloud.

Néanmoins, les modèles chinois présentent des risques. Par exemple, Sunflower a produit des réponses favorables à Pékin sur des questions politiques sensibles, conduisant ses développeurs à se tourner vers un modèle de Google pour un autre projet.

Pékin et Washington poussent leurs pions

Cette adoption croissante des modèles chinois intervient dans un contexte où Pékin et Washington tentent de renforcer leurs alliances technologiques en Afrique. La Chine soutient activement la diffusion de ces technologies par le biais de formations et d’assistance technique. De son côté, les États-Unis cherchent à préserver leur avance et pourraient accroître la pression sur les gouvernements africains pour qu’ils ne rejoignent pas les initiatives chinoises.

Sur le terrain, de nombreux acteurs africains choisissent de ne pas se ranger derrière un camp. Les modèles chinois dominent certains usages, tandis que les Américains conservent des parts dans d’autres. Pour éviter toute dépendance, la stratégie la plus prudente semble être de collaborer avec les deux.

Source : RFI

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *