La course à l’espace européenne face à un défi d’image
S’il est un domaine où l’identité européenne devrait pouvoir prendre le pas sur le nationalisme, c’est bien l’espace. Alors que des pays comme la Chine et les États-Unis commencent à revendiquer des portions de la Lune, ce qui est techniquement illégal selon le Traité sur l’espace extra-atmosphérique de 1967 des Nations unies, l’Europe se retrouve à la traîne dans cette nouvelle course.
L’EU Space Act et la Vision for the European Space Economy de la Commission européenne constituent des tentatives pour préparer l’Europe à un secteur spatial façonné par les tensions géopolitiques. Cependant, l’Agence spatiale européenne (ESA), qui gère la cohorte d’astronautes du continent, se heurte à un dilemme : quel drapeau emporteront les futurs « euronautes » lors de leurs missions lunaires ? Des astronautes comme Thomas Pesquet et Samantha Cristoforetti souhaitent être les premiers Européens à alunir, mais l’absence d’une identité visuelle commune pour l’Europe dans l’espace soulève des questions.
Actuellement, il n’existe pas de consensus à Bruxelles sur la manière de se projeter dans l’espace. Annie Platoff, vexillologue, souligne que les drapeaux sont des symboles de souveraineté et de prestige, mais l’UE n’a jamais planté de drapeau dans l’espace. Contrairement aux États-Unis ou à la Chine, qui utilisent leurs emblèmes pour marquer leur présence, l’Europe doit encore se définir en tant qu’acteur spatial.
L’ESA tente de concilier l’effort commun européen avec la visibilité nationale des États membres. Par exemple, les astronautes de l’ESA portent le logo de l’agence aux côtés des drapeaux nationaux. Cependant, l’Europe peine à transformer son expertise en matière de satellites en une identité reconnaissable.
Marc Casasús, graphiste et enseignant, propose de redessiner des drapeaux nationaux pour l’espace, suggérant une identité visuelle moderne et reconnaissable. Cela pourrait permettre à l’Europe de revendiquer une place dans l’orbite, mais cela reste une initiative individuelle sans soutien institutionnel.
L’ESA envisage également d’autres moyens pour se forger une identité dans l’espace, comme un symbole qui représenterait l’Europe en tant qu’« acteur normatif ». En s’appuyant sur le droit spatial international, l’Europe pourrait se positionner comme un modèle de coopération plutôt que d’appropriation.
En somme, la question de l’identité européenne dans l’espace est cruciale alors que l’Europe cherche à se faire une place dans un secteur de plus en plus compétitif et symbolique.
Source : Euractiv
