Carlo Ginzburg, figure emblématique de l’historiographie, est décédé à l’âge de quatre-vingt-sept ans
Carlo Ginzburg, historien et essayiste italien, est mort le 17 juin 2023 à Bologne. Reconnu pour son approche novatrice de l’histoire, il a laissé une empreinte indélébile sur la discipline au cours des cinquante dernières années.
Né en 1939 à Turin dans une famille d’intellectuels juifs et antifascistes, Ginzburg a été influencé par son environnement familial. Sa mère, Natalia Ginzburg, était une écrivaine de renom, tandis que son père, Leone, a été un résistant assassiné en 1944. Cette histoire personnelle a façonné sa sensibilité face à la violence des autorités et son intérêt pour les victimes de l’histoire.
Après des études à la Scuola Normale Superiore de Pise, Ginzburg s’est initialement intéressé à la peinture et à la littérature avant de se consacrer à l’histoire, guidé par des figures comme Marc Bloch. Son premier ouvrage, Les batailles nocturnes, publié en 1966, explore les archives de l’Inquisition et met en lumière les croyances des benandanti, des paysans du Frioul.
En 1976, il publie Le Fromage et les vers, qui retrace la pensée de Domenico Scandella, un meunier condamné pour hérésie. Cet ouvrage devient emblématique de la microstoria, un courant historiographique qu’il a contribué à développer. Ginzburg a aussi été professeur à l’université de Bologne et à l’université de Californie à Los Angeles, et a exploré divers domaines, de l’histoire de l’art à l’anthropologie.
Son approche méthodologique, fondée sur l’observation des anomalies et des détails négligés, a encouragé une lecture attentive des documents historiques. Ginzburg a également pris position contre le relativisme dans l’historiographie, affirmant que les textes historiques conservent des traces du réel.
Ginzburg laisse un héritage précieux, invitant historiens et chercheurs à explorer les récits sous-jacents et à questionner les certitudes établies. Son œuvre continuera d’influencer les générations futures dans leur quête de compréhension historique.
Source : Guillaume Calafat – Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – IUF – IHMC



