Accompagnés par des auteurs et par les enseignants, des tout-petits et des collégiens s’essaient à la composition de haïkus ou de textes plus intimes. Reportages auprès de jeunes écrivains bien inspirés.

Photo Léa Crespi pour Télérama
Publié le 25 août 2026 à 13h00
Ce matin de juin, dans une école de Pantin (Seine-Saint-Denis), des élèves de maternelle composent des haïkus. Vingt poètes aux dents de lait jouent avec les mots et comptent les syllabes. Ils ont 5 et 6 ans, l’âge de la bougeotte et des lettres qui débordent du cadre. Attablés par grappes de quatre autour de leur mobilier minuscule, ils déclenchent une réaction en chaîne d’associations d’idées. Après avoir pioché dans leurs boîtes à mots, les haïjins en herbe livrent leurs créations. Un champ immobile / la marguerite sent mauvais / les pollens s’envolent.
L’écriture créative n’est pas réservée à ceux qui maîtrisent déjà parfaitement le geste graphique, la syntaxe, la grammaire. Pour la poétesse Anna Mezey, invitée à mener un parcours de sept séances, il s’agit de faire découvrir que l’écriture est une aventure joyeuse permettant d’exprimer des pensées et des histoires, et de libérer les imaginaires.
La contrainte devient terrain de jeu
Dans les établissements scolaires, l’écriture créative avance de manière inégale. Des enseignants prennent l’initiative d’inviter leurs classes à se dégourdir les doigts et l’esprit par des challenges motivants. Par exemple, l’échauffement classique où une amorce de phrase lance deux minutes d’écriture libre. D’autres options incluent le « dictionnaire fou », où trois mots sans rapport sont à tricoter ensemble dans un texte court.
Photo Léa Crespi pour Télérama
Au collège Jean-Moulin de Caen, deux « classes écritures » ont été mises en place pour les élèves de quatrième et de troisième. Ce dispositif, lancé en 2019 par l’Académie de Normandie en partenariat avec l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec), intègre l’écriture créative dans l’emploi du temps, à raison de deux heures par semaine, accompagnées par des auteurs.
L’auteur apporte une expertise et une liberté bien à lui ; l’enseignant, un cadre, des consignes claires pour les élèves.
Les élèves ont l’opportunité d’écrire des nouvelles, des poèmes, des textes narratifs et même des bandes dessinées, avec des auteurs reconnus. Cette complémentarité entre artistes et enseignants favorise un cadre d’apprentissage enrichissant.
Les élèves de troisième préparent une lecture à voix haute devant leurs parents, un moment marquant de l’année. Ils abordent des thèmes variés, allant de la poésie à des sujets plus graves comme le harcèlement scolaire.
L’écriture créative reste cependant peu intégrée dans le système éducatif français, où elle est rarement considérée comme une discipline à part entière. Des initiatives comme celles du Labo des histoires, qui propose des ateliers gratuits, visent à démocratiser cette pratique.
Les enseignants constatent souvent que les élèves, initialement réticents, finissent par s’investir dans l’écriture, réalisant qu’ils disposent tous d’une imagination à exploiter.
« Mes élèves m’épatent, ils pondent parfois des choses incroyables », confie une enseignante, soulignant le potentiel créatif qui sommeille chez chaque élève.
Pour approfondir ces expériences, des statistiques récentes sur l’engagement des jeunes dans des activités créatives pourraient être bénéfiques, mais celles-ci manquent actuellement.
Source : Télérama



