Soudan : la guerre des drones étend le conflit et menace d’embraser la région
Au Soudan, l’armée régulière a récemment repris du terrain dans le Kordofan, au centre du pays, tandis que les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) intensifient leurs attaques par drones à longue portée. Cette escalade des combats ne laisse entrevoir aucune victoire claire, mais plutôt un conflit de plus en plus fragmenté et difficile à maîtriser.
Le bilan humain est alarmant : depuis le début de la guerre civile en avril 2023, treize millions de Soudanais ont été contraints de quitter leur foyer, dont 8,7 millions sont déplacés à l’intérieur du pays. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, environ 1 400 civils ont été tués au premier semestre 2026, dont près de 80 % par des frappes de drones. Le nombre total de morts pourrait atteindre plusieurs centaines de milliers, selon les avertissements de Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe de l’ONU.
Les frappes aériennes sont devenues un aspect central du conflit, touchant des marchés, écoles, stations-service et infrastructures vitales. Le 12 août, des drones ont ciblé Khartoum et Atbara, tandis qu’à El Obeid, huit frappes ont causé des pertes humaines et des blessés. Ni les FSR ni l’armée n’ont revendiqué ces attaques.
El Obeid, capitale du Kordofan du Nord, est désormais un point stratégique dans cette confrontation. La ville, située entre le Darfour et les régions orientales, a été le théâtre d’une offensive de l’armée, qui a repris plusieurs localités fin juillet. En réponse, les FSR ont intensifié leurs attaques, frappant des infrastructures essentielles et provoquant un afflux de 15 000 familles supplémentaires depuis la mi-juillet, selon Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l’ONU.
Le conflit s’étend également à d’autres régions, notamment dans l’État du Nil Bleu, où les FSR ont pris Geissan près de la frontière éthiopienne, entraînant des milliers de personnes à fuir vers l’Éthiopie. Des frappes près de Tina, à la frontière tchadienne, ont également touché des civils, exacerbant la pression sur les communautés tchadiennes.
La fragmentation militaire s’accroît, avec une multitude de mouvements armés et de milices poursuivant des intérêts variés. La sophistication des armes utilisées indique un soutien extérieur aux deux camps, compliquant davantage la situation et éloignant la possibilité d’un cessez-le-feu.
La communauté internationale peine à établir un dialogue efficace. Les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis tentent de négocier une trêve humanitaire, tandis qu’un cadre réunissant l’ONU et d’autres organisations prépare de nouvelles consultations politiques. Cependant, les deux camps restent enfermés dans une logique de conflit.
Actuellement, plus des deux tiers des Soudanais ont besoin d’une aide humanitaire. Moins de 40 % des 2,87 milliards de dollars nécessaires pour financer cette réponse ont été collectés, et le plan régional pour les réfugiés n’est financé qu’à 17 %. Tom Fletcher a souligné que le Soudan souffre d’un manque d’action plutôt que d’analyses, appelant à une aide humanitaire urgente.
Source : ONU.



