Astérix au Japon : un choc entre deux mondes
Cela relève presque de la plaisanterie. Comment imaginer que le Japon, qui a tissé d’étroits liens avec la France et possède une forte culture de la bande dessinée, ait pu dédaigner à ce point l’une des plus célèbres séries francophones ? Certains avancent que le Japon était déjà autosuffisant en matière de production locale, d’autres que « les Japonais n’ont rien compris au génie de Goscinny et d’Uderzo ! » Mais la réponse est plus complexe.
Contexte factuel
Lors de l’introduction d’Astérix au Japon, les éditions Futabasha avaient de grandes ambitions. Takanori Uno, dans l’édition Atlas d’Astérix, mentionne que le projet était de proposer une série de huit albums, jusqu’à Astérix chez les Bretons. Cependant, seuls trois volumes ont été publiés : Astérix le Gaulois, La Serpe d’or et Astérix chez les Goths, en 1974. Ces albums ont rencontré une indifférence quasi totale et ont rapidement été abandonnés. Malgré des efforts publicitaires, la série n’a pas su capter l’attention du public japonais.
Données ou statistiques
La principale raison de cet échec réside dans un manque de familiarité des lecteurs japonais avec le monde occidental. Selon la professeure Misako Nemoto, Astérix ne pouvait toucher que des lecteurs intellectuels, familiers avec l’histoire romaine et la France. Contrairement aux Européens qui étudient l’Antiquité gallo-romaine dès leur plus jeune âge, les élèves japonais abordent très peu ce sujet dans leur cursus. Cela a conduit à ce que la série s’adresse à un public inadapté, visant les plus jeunes sans que ceux-ci aient les références nécessaires.
De plus, Astérix a été perçu au Japon comme un support pédagogique. Un fascicule joint au livre s’adressait spécifiquement aux enseignants, et le script français complet était inclus à la fin de l’album, renforçant cette idée.
Conséquence directe
Aujourd’hui, malgré la mondialisation, il est peu probable que Astérix fasse un retour triomphal au Japon. Les exemplaires de l’édition originale sont devenus rares, et bien que les ventes n’aient pas répondu aux attentes, il est probable que certains étudiants japonais aient appris le français grâce aux aventures du petit Gaulois.
Source : ActuaBD



