Cezanne, « premier grand peintre moderne » : la bataille d'un génie désavoué par la critique

Cézanne : Premier grand peintre moderne, entre désaveu critique et reconnaissance tardive

Le 24 novembre 1895, Thadée Natanson souligne, à l’occasion de la première rétrospective de Paul Cézanne à la galerie Vollard, que peu d’informations étaient disponibles sur l’artiste, alors âgé de 56 ans. Ce rendez-vous avec le public et la critique est le résultat d’un parcours compliqué, marqué par le rejet de ses œuvres au Salon entre 1863 et 1870.

Des débuts empreints d’incompréhension

Cézanne fait face à une critique hostile dès 1866, lorsqu’il écrit au comte de Nieuwerkerke, surintendant des Bâtiments : « Je ne puis accepter le jugement illégitime de confrères auxquels je n’ai pas donné moi-même mission de m’apprécier ». Émile Zola, son ami d’enfance, lui dédie son Salon sans mentionner son travail, ce qui constitue une déception majeure pour Cézanne, qui incarne pourtant les idées esthétiques de l’écrivain.

Dans les années 1870, Cézanne participe à quelques expositions impressionnistes, mais ses œuvres sont mal accueillies. Louis Leroy, critique d’art, ironise sur sa toile Moderne Olympia, la comparant défavorablement à l’Olympia de Manet.

Un parcours difficile mais déterminé

Cézanne, qui se retire presque de l’espace public jusqu’à la fin des années 1880, développe un style personnel axé sur la couleur et la structure, influençant ainsi ses portraits, natures mortes et paysages. Lawrence Gowing observe que dans les années 1880, ses séquences de couleurs deviennent indépendantes de toute transcription directe des données sensorielles.

Pendant son éloignement, ses œuvres sont visibles chez le marchand de couleurs Tanguy, où Victor Chocquet acquiert plusieurs toiles. La vente de sa collection après son décès en 1899 contribue à établir la réputation de Cézanne.

Reconnaissance tardive et héritage

Malgré des critiques initialement hostiles, l’influence de Cézanne émerge dans le monde de l’art moderne, touchant des mouvements comme le pointillisme et le cubisme. En 1904, le Salon d’Automne lui consacre une rétrospective, mais la critique reste divisée. Ce n’est qu’après sa mort, lors du Salon d’Automne de 1906, qu’il est reconnu comme le premier grand peintre moderne. Le critique Charles Morice écrit alors : « À peine ose-t-on dire que Cézanne a vécu ; il a peint. »

Cette reconnaissance tardive souligne le parcours tumultueux de Cézanne, dont l’héritage continue d’influencer les artistes contemporains.

Source : Connaissance des Arts.

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