Massacre à la frontière : des oiseaux protégés en Belgique chassés en France
Bernissart (Belgique), 24 août 2026 à 10h08
Chaque été, la frontière franco-belge devient le théâtre d’un drame écologique. Jean-François Buslain, directeur de la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux (LRBPO), souligne l’absurdité de la situation : « Un oiseau qui passe la frontière ne sait pas qu’il est protégé en Belgique, alors qu’en France, il peut devenir la cible. » Le 21 août, près de 700 manifestants se sont rassemblés à Bernissart pour une « marche funèbre » en mémoire des canards tués par les chasseurs français lors de l’ouverture de la chasse au gibier d’eau dans le département du Nord.
Les canards, qui ont passé l’été dans les marais d’Harchies — une zone humide de 550 hectares, la plus grande de Wallonie — sont habitués à se rendre aux étangs français pour se nourrir. Chaque année, de nombreux oiseaux migrateurs, dont les canards colverts, pilets, chipeaux et sarcelles d’hiver, succombent dès qu’ils franchissent la frontière. Ces espèces, bien que protégées en Belgique, figurent parmi les 38 qu’il est permis de chasser en France.
La colère monte en Belgique. Alain Malengreau, ornithologue bénévole chez Natagora, rapporte qu’en 2025, 560 anatidés ont été comptés la veille de l’ouverture de la chasse, mais qu’il n’en restait plus que 68 le lendemain, soit une perte de 492 canards en vingt-quatre heures. Lionel Delvaux, directeur chez Natagora, rappelle que 2 millions d’euros ont été investis par la Wallonie dans la protection des marais d’Harchies ces trois dernières années, et déplore : « À moins de 50 mètres des étangs, on chasse. C’est de l’argent public et du bénévolat perdu. »
Les marais d’Harchies, classés site Natura 2000 et protégés par des directives européennes et des traités internationaux comme la convention de Ramsar, pourraient donner lieu à des actions en justice. Les défenseurs de l’environnement espèrent obtenir l’interdiction de la chasse dans un rayon de 1 500 mètres autour des marais d’ici 2027.
La préfecture du Nord, seule autorité habilitée à réglementer la chasse, a été critiquée pour son silence. Contactée, elle a déclaré que « l’interdiction d’activités de chasse ne peut être envisagée que dans une optique de reconstitution des populations » et a appelé à un « travail collaboratif » avec les autorités belges et les fédérations de chasse. La Fédération des chasseurs du Nord, quant à elle, a exprimé son mécontentement face à la mobilisation du 21 août, qualifiant l’événement de militantisme antichasse.
Les associations environnementalistes continuent de réclamer une protection accrue des oiseaux migrateurs, alors que chaque année, des dizaines de milliers d’oiseaux traversent cette frontière fatidique.
Source : Reporterre



