Une aberration écologique : l’autorisation de tuer les renards et autres animaux classés « nuisibles » renouvelée
Le vendredi 21 août, le ministère de la Transition écologique a publié au Journal Officiel la liste des espèces classées « susceptibles d’occasionner des dégâts » (Esod) pour les trois prochaines années. Neuf espèces sont concernées : la belette d’Europe, la fouine, la martre des pins, le renard roux, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet.
Chaque année, environ 1,7 million de renards, mustélidés et corvidés sont abattus en France, sous prétexte de réduire les risques sanitaires et les pertes économiques. Ces animaux peuvent être tués par tirs, piégeage et déterrage tout au long de l’année, pour certains en quantité illimitée, même en dehors des périodes de chasse.
Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux, a déclaré que cette me est « un non-sens économique » car l’éradication des Esod coûterait quatre fois plus cher que les prétendus dégâts. L’association envisage de déposer un recours devant le Conseil d’État contre cet arrêté.
Des espèces indispensables au bon fonctionnement des écosystèmes
Cette politique de régulation par espèces et par départements soulève des questions sur sa pertinence. Martin Pranckle, chargé de mission à la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, estime qu’il s’agit d’une « aberration écologique » dans un contexte d’érosion de la biodiversité. Selon lui, définir des destructions à l’échelle d’une espèce entière est inadapté d’un point de vue écologique.
Bien que ces espèces soient considérées comme « communes », elles jouent un rôle crucial dans les écosystèmes. Certaines, comme le geai des chênes et le renard, contribuent à la reforestation et à l’oxygénation des sols.
Le conflit au détriment de la coexistence
Pranckle souligne que cet arrêté reflète une vision de la faune sauvage centrée sur le conflit, au détriment d’une logique de coexistence. Les espèces classées comme nuisibles exercent également des fonctions écologiques bénéfiques, comme la régulation des populations de rongeurs.
Une étude du Muséum national d’histoire naturelle a révélé que l’abattage massif de ces animaux n’entraîne pas une réduction des dégâts qu’on leur attribue. De plus, les populations de ces animaux ne diminuent pas, car la chasse favorise leur reproduction.
Le coût de cette politique est estimé entre 103 et 123 millions d’euros par an, alors que les dommages causés par ces animaux ne s’élèvent qu’à 8-23 millions d’euros. Les chercheurs concluent que cette approche est « inefficace » et « économiquement injustifiable ».
Elsa Bonnaud, enseignante-chercheuse, plaide pour des régulations ciblées et localisées, ainsi que pour des solutions alternatives pour prévenir les dommages dans les cultures, comme la plantation de haies.
Source : Reporterre



