Un AirTag révèle qu'Amazon découpe des livres rares pour son IA

Un AirTag révèle qu’Amazon découpe des livres rares pour son IA

Un traceur Apple AirTag, d’une valeur de 29 dollars, a été dissimulé dans un livre d’occasion au sein d’une commande de 1 000 ouvrages. Ce colis a traversé quatre États américains avant d’atteindre son ultime destination : un entrepôt Amazon à Las Vegas, où une équipe procède à la découpe des reliures et au passage des pages au scanner. L’objectif de cette opération serait de nourrir l’intelligence artificielle.

Depuis plusieurs mois, de nombreux libraires s’interrogent sur des commandes étranges, souvent en gros, portant sur des centaines de titres sans lien thématique. Ces commandes sont effectuées sans négociation de prix et les places de marché ne dévoilent pas l’identité des acheteurs. Pour éclaircir ce mystère, le site 404 Media a décidé de suivre un colis.

Un traceur à 29 dollars et un entrepôt nommé LAS8

En juillet, un libraire anonyme a reçu une commande d’environ 1 000 livres via Biblio, une plateforme spécialisée dans les ouvrages rares et d’occasion. Il a accepté de dissimuler un AirTag fourni par les journalistes. Le colis a quitté la Californie, a transité par Milwaukee, a stationné deux semaines dans le Wisconsin, puis a été acheminé vers Las Vegas, dans le Nevada, à l’entrepôt Amazon référencé LAS8.

Sur le papier, LAS8 est un site d’impression à la demande. Cependant, des indications pointent vers une autre opération, identifiée par le code VGT3, où un logo représentant un tyrannosaure tenant un livre ouvert est affiché à l’entrée. Un employé de VGT3 a déclaré : « Je travaille à VGT3 ici à Vegas, et tout ce que nous faisons, c’est scanner des livres ». D’autres messages décrivent les tâches : découpe des ouvrages, réception des palettes et scan des codes-barres. Les reliures sont retirées pour faciliter le passage des pages dans les scanners, et les livres ne survivent pas à ce processus.

Interrogé, Amazon a répondu qu’il achète des livres via des canaux commerciaux pour développer et améliorer ses produits et services. Cependant, la raison pour laquelle Amazon scanne ces livres page par page reste floue, et l’entreprise n’a pas mentionné l’intelligence artificielle dans sa déclaration.

Pourquoi c’est légal, et pourquoi le papier d’avant 2022 vaut de l’or

Amazon n’est pas le seul à adopter cette pratique. En janvier 2026, le Washington Post a révélé l’existence de Project Panama, un programme d’Anthropic visant à scanner destructivement tous les livres. Cette méthode semble être utilisée par Amazon pour entraîner ses modèles d’intelligence artificielle.

Aux États-Unis, la pratique est légale. En juin 2025, un juge fédéral a statué que la numérisation d’un livre légalement acquis pour entraîner un modèle relevait du fair use. De plus, la doctrine du first-sale autorise le propriétaire d’un exemplaire physique à le détruire sans avoir à révéler son identité ni ses intentions.

Cependant, la numérisation destructive de livres achetés légalement n’a pas été sanctionnée, contrairement à des cas de téléchargement d’ouvrages piratés.

La question se pose alors : pourquoi acheter des livres physiques alors que le Web est déjà numérique ? La réponse réside dans le fait que le Web est devenu suspect, avec des modèles entraînés sur du texte généré par d’autres modèles, ce qui peut entraîner une perte de précision et de diversité. Un ouvrage imprimé avant 2022 garantira une qualité d’écriture naturelle, sans contenu synthétique.

Bien que le volume d’ouvrages traités par VGT3 chez Amazon reste inconnu, il est clair que les géants de l’IA n’ont aucune limite. Après avoir exploité le Web, ils s’attaquent désormais aux archives physiques, au détriment des livres rares.

Source : 404 Media

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