Hommes attirés par les enfants :

« Ils nous appellent pour ne pas passer à l’acte »

À Toulouse, depuis 2009, le Centre ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) accompagne les professionnels et oriente les personnes attirées par les mineurs avant toute infraction. Créé en 2019, le dispositif Stop, qui reçoit les appels de personnes attirées sexuellement par les enfants, a enregistré près de 6 000 appels en France depuis sa généralisation en 2021.

Chaque semaine, des hommes trouvent le courage de décrocher leur téléphone pour appeler Stop, un dispositif national destiné aux personnes attirées par les enfants. Au bout du fil, les soignants du CRIAVS les écoutent, les conseillent et les orientent vers des spécialistes.

Mis en place à Toulouse dès 2019, puis généralisé à l’ensemble des CRIAVS début 2021, Stop a reçu près de 6 000 appels à l’échelle nationale, preuve qu’il répond à un besoin longtemps ignoré. Le dispositif reçoit aussi les appels de proches démunis ou de victimes en quête d’informations et d’orientation.

« Ils souffrent de leur attirance »

Rattaché au CHU de Toulouse, le CRIAVS ne prend pas en charge le suivi thérapeutique des auteurs. Il forme les professionnels, diffuse les connaissances scientifiques et oriente les personnes concernées vers les structures adaptées.

« Nous recevons surtout des hommes qui n’ont commis aucun acte mais souffrent de leur attirance. Ils nous appellent précisément pour ne pas passer à l’acte », explique la psychiatre Anne-Hélène Moncany, responsable du centre toulousain.

Le dispositif est né d’un constat : des personnes identifiaient cette attirance mais ne savaient vers qui se tourner. Les professionnels étaient souvent démunis et la police comme la justice ne pouvaient intervenir avant le passage à l’acte, ajoute Mathilde Coulanges, psychologue.

Prévenir avant le passage à l’acte

L’ampleur des violences sexuelles commises sur les mineurs souligne l’importance d’une telle démarche de prévention. On estime à 160 000 le nombre d’enfants victimes chaque année, même si ces chiffres restent difficiles à établir. Beaucoup de victimes ne parlent jamais et de nombreux faits ne sont pas portés devant la justice. Dans 80 % des cas, l’auteur est un proche et 97 % sont des hommes. Les violences sont majoritairement commises dans la sphère familiale ou par une personne exerçant une autorité.

Pour la psychiatre, ces données bousculent les idées reçues. « On a tendance à imaginer un monstre ou un fou. En réalité, il s’agit bien souvent du voisin, du père, d’un ami… de monsieur Tout-le-Monde. C’est difficile à entendre, mais essentiel pour comprendre que ces violences concernent toute la société. »

« Un phénomène systémique »

Elle insiste également sur les nouveaux risques liés au numérique. « Les parents n’autorisent pas leur enfant à rentrer seul de l’école, mais beaucoup le laissent naviguer sur Internet sans surveillance. Or, selon l’Office des mineurs, une adolescente de 12 ans reçoit une première sollicitation en moins de trois minutes après la création de son compte sur un réseau social. »

Cette approche se traduit jusque dans la composition de l’équipe toulousaine, qui compte notamment un sociologue. « L’acte de violence n’est pas toujours lié à un trouble psychiatrique. Il existe des dimensions sociales, culturelles, de domination ou de genre. Pendant longtemps, on a préféré croire que les auteurs étaient des malades. En réalité, le phénomène est beaucoup plus systémique. »

Des missions qui vont bien au-delà de Stop

Le dispositif Stop ne représente toutefois qu’une partie des missions du CRIAVS. Dans ses locaux du quartier Saint-Michel, l’équipe compte sept intervenants et recherche actuellement un pédopsychiatre. Chaque année, elle forme 260 professionnels issus de l’Aide sociale à l’enfance, de la Protection judiciaire de la jeunesse, du SPIP, de l’Éducation nationale, des services sociaux ou encore du secteur médical.

Elle intervient également directement auprès d’environ 350 professionnels sur leurs lieux d’exercice. « Nous adaptons nos formations aux besoins des équipes », explique Mathilde Coulanges.

Depuis le mouvement #MeToo, les sollicitations ne cessent d’augmenter. « La libération de la parole a fait exploser les demandes. » Le centre organise également deux colloques ouverts au public chaque année, en avril et en décembre. « La dernière journée consacrée aux mineurs auteurs a réuni près de 600 inscrits. La prochaine portera sur les cyberviolences sexuelles. »

Face à cette montée en puissance, les moyens n’ont, eux, pas suivi. « Nos budgets n’ont pas évolué depuis 2009 alors que les besoins explosent. Nous ne pouvons plus répondre à toutes les demandes de soutien et de formation. » Un paradoxe, alors que la prévention est désormais reconnue comme l’un des leviers essentiels pour lutter contre les violences sexuelles faites aux mineurs.

Contact

Stop
0806 23 10 63
Ligne confidentielle et non surtaxée, ouverte du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h. Elle s’adresse aux personnes attirées par les mineurs, mais aussi à leurs proches et aux victimes en quête d’information ou d’orientation.

Source : La Dépêche du Midi

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