Quel rôle la Suisse va-t-elle jouer en Syrie après la chute du régime Assad?
Un bâtiment endommagé sur lequel flotte un drapeau syrien.
Dans la nouvelle Syrie, il reste encore beaucoup à faire pour reconstruire le pays. Ghaith Alsayed / Keystone

Depuis le changement de régime en Syrie, de nombreux pays tentent de renouer leurs relations avec Damas. Quelle stratégie entend adopter la Suisse?

Le chef de la diplomatie syrienne, Asaad al-Shaibani, avait prévu d’abord de rester à Damas pour l’inauguration du Bureau de la coopération suisse. Cependant, il a dû se rendre au sommet de l’OTAN en Turquie avec le président Ahmed Al-Charaa.

Pour Berne, cette intention manifeste du ministre démontre que les autorités syriennes sont bien disposées à l’égard de la Suisse. Monika Schmutz Kirgöz, responsable de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) au Département des affaires étrangères (DFAE), a déclaré : « Nos partenaires en Syrie nous disent… nous savons que vous étiez là. Grâce à son engagement de longue date en Syrie, la Suisse jouit sur place d’une forte crédibilité », a-t-elle rapporté de Damas.

Depuis la chute du régime Assad, qui a régné sur la Syrie pendant plus de cinquante ans, le pays traverse une phase de transition. Le gouvernement mis en place s’attelle à une mission titanesque : reconstruire politiquement, économiquement et socialement un pays dont d’immenses territoires ont été ravagés par la guerre. Le président par intérim Ahmed Al-Charaa s’emploie à sortir la Syrie, parmi les pays les plus frappés au monde par des sanctions, de l’isolement.

Depuis la chute du régime, la Syrie s’ouvre au monde à un rythme effréné, avec de nombreuses sanctions levées. Récemment, le président américain a évoqué la possibilité de retirer la Syrie de la liste des pays soutenant le terrorisme. Al-Charaa a également pris la parole devant l’Assemblée générale de l’ONU et a effectué une visite d’État à Washington.

Plus d’une douzaine de pays ont déjà rouvert leurs ambassades à Damas depuis la chute du régime. En juillet dernier, le président français Emmanuel Macron a été le premier chef d’État de l’Union européenne à visiter Damas, où il a évoqué la restitution de fonds gelés du régime Assad en France. Interrogé sur une possible me similaire de la part de la Suisse, le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) n’a pas répondu.

Des analystes demeurent sceptiques quant à la sincérité des nouveaux dirigeants et craignent une gouvernance islamiste ou l’oppression des minorités.

Bureau humanitaire revalorisé

Le voyage récent de Monika Schmutz Kirgöz et de Patricia Danzi à Damas pour officialiser la transformation du bureau humanitaire suisse en un bureau de coopération est un signe clair de l’intention de la Suisse de jouer un rôle dans cette nouvelle Syrie.

Ce bureau, ouvert en 2017 sous Bachar el-Assad, a toujours axé son aide sur les besoins de la population, sans collaborer avec les canaux étatiques. Monika Schmutz Kirgöz a confirmé que la Suisse ne soutient pas l’État syrien financièrement, mais finance des projets dans le pays.

La Suisse est active dans plusieurs initiatives, telles que des microcrédits destinés aux femmes et des projets de recyclage à Alep, où des décombres sont transformés en briques pour la reconstruction d’immeubles. Elle est également engagée dans la recherche de personnes disparues et dans la justice transitionnelle.

De nombreuses questions demeurent sur la façon dont la Suisse entend assumer son rôle dans la nouvelle Syrie, mais sa volonté de s’y frayer un chemin est manifeste.

Source : Swissinfo

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