Comment les oiseaux migrateurs affrontent-ils la sécheresse ?
Marcenay (Côte-d’Or), reportage
À l’étang de Marcenay, situé au nord de la Côte-d’Or, la chaleur estivale est palpable. En ce milieu de matinée, le thermomètre atteint déjà près de 30 °C. Simon-Pierre Babski, directeur scientifique de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de Côte-d’Or, prépare une expédition de baguage d’oiseaux, une opération annuelle qui se déroule chaque août. Cette initiative, menée par le Centre de recherche sur la biologie des populations d’oiseaux (CRBPO) du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), vise à identifier et suivre les oiseaux migrateurs.
Rousserolles, bergeronnettes et gorgebleues
Simon-Pierre Babski décrit l’étang comme un « hot spot » pour des centaines d’oiseaux migrateurs paludicoles, qui s’y arrêtent pour se reposer et refaire leurs réserves de graisse avant leur migration d’hiver. Cependant, il souligne que le niveau de l’eau est actuellement bien en dessous de la normale, avec une baisse de 40 à 50 cm par rapport aux saisons précédentes.
Au cours de la matinée, Margot Perrot, bénévole aide-bagueuse, remarque des changements significatifs par rapport à sa première visite une semaine plus tôt. « Nous marchions dans la boue à certains endroits, et maintenant c’est sec », s’exclame-t-elle, pointant du doigt le sol craquelé.
La sécheresse actuelle touche également d’autres zones en Côte-d’Or, où 11 des 14 zones hydrologiques ont été classées en situation de crise par la préfecture. De nombreux cours d’eau de la région Bourgogne-Franche-Comté sont à sec.
Étude des stratégies migratoires
Au cours de l’opération de baguage, les oiseaux capturés sont minutieusement mesurés et pesés. Les données collectées permettent d’étudier les variations des stratégies de halte migratoire des passereaux paludicoles, notamment en fonction des impacts du changement climatique et des pratiques de gestion de l’étang.
Depuis 2009, près de 69 000 oiseaux ont été contrôlés ou bagués à Marcenay. En 2025, plus de 90 000 oiseaux migrateurs avaient été suivis dans le cadre du programme Séjour, impliquant près de 400 bagueurs en France.
Difficultés et conséquences
Les périodes de sécheresse prolongée et la baisse du niveau de l’eau représentent un défi pour les habitats naturels. Aurélien Gréaume, chargé de mission au conservatoire d’espaces naturels de Bourgogne, note que la flore est plus précoce et sèche plus rapidement, ce qui peut avoir des conséquences sur la faune qui en dépend.
Les données recueillies sont considérées comme une « mine d’or » pour les scientifiques, permettant d’analyser les tendances migratoires et d’évaluer les effets des conditions climatiques sur les oiseaux. Ce travail de recherche sur les impacts de la météo et des changements environnementaux est crucial à l’heure actuelle.
Source : Reporterre



