John Baer : Un regard photographique sur l’Europe d’après-guerre
Le 7 mai 1945, jour de son 25e anniversaire, l’Allemagne capitule. John Baer, alors étudiant en journalisme à Penn State et membre du 644e bataillon de chasseurs de chars, a participé au débarquement en Normandie et à la bataille des Ardennes. Il a également été témoin de l’horreur des camps de concentration nazis. Après la défaite allemande, le pays devient un terrain d’occupation.
Baer, comme de nombreux soldats américains, a rapporté des souvenirs de son expérience. Contrairement à ses camarades qui ramenaient des cigares ou des souvenirs militaires, il a choisi un Leica III, un appareil photo fabriqué en 1938, qu’il a récupéré d’un soldat allemand fait prisonnier. Ce choix symbolise son désir d’interagir avec le monde à travers la photographie. Son bataillon est ensuite cantonné à Wetzlar, siège historique de la maison Leica, où il commence à capturer des moments de la vie quotidienne.
En 1950, Baer retourne en Europe avec sa femme, Louise Fuoss. Ils s’installent à Montpellier et voyagent à travers la France, l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie pendant près d’un an. Pendant ce voyage, il photographie des affiches communistes appelant au départ des troupes américaines et des enfants jouant à la guerre dans l’Espagne franquiste, illustrant les cicatrices d’un continent en reconstruction.
De retour à New York en 1951, Baer trouve un emploi de rédacteur dans une agence de relations publiques tout en continuant à photographier la ville. Au cours de cette période, il capture des scènes de la vie quotidienne, des religieuses chargées de courses aux passants dans les rues de Manhattan. Parmi ses œuvres notables, on trouve « Passing Time » et « Rainy Day Reflections », qui illustrent l’optimisme de l’époque.
En 1953, Baer et son camarade Barney Weinberg deviennent les premiers artistes non-peintres à être exposés à la galerie des Abingdon Square Painters. Il expérimente avec ses tirages, créant des silhouettes et des compositions abstraites.
Cependant, la carrière de Baer en tant que photographe prend fin vers 1956, sans raison apparente. Il se tourne vers d’autres passions, notamment le jardinage et la cuisine, tout en restant présent pour sa famille.
Ce n’est qu’en 2021, en pleine pandémie, qu’Andrew Baer, le fils de John, explore les archives de son père. Avec son épouse, il découvre plus de 4 000 négatifs et tirages, révélant un trésor de souvenirs. Leur travail de numérisation attire l’attention de professionnels de la photographie, renforçant l’importance de l’œuvre de John Baer.
L’ouvrage John Baer, The Extraordinary Ordinary: A Memoir in Photographs, 1945–1954, publié par le John Baer Archive, présente une collection d’œuvres qui met en lumière la vie quotidienne d’une époque marquée par la guerre et la reconstruction.
Exposition et lancement
Une exposition de quarante tirages accompagnant le lancement du livre se tiendra au White Loft, à New York, du 17 au 19 septembre 2026, avec un vernissage et une table ronde le 17 septembre.
Source : Blind Magazine


