Un ministère des promesses : le collectif des victimes de Joël Le Scouarnec rencontre le ministre de la Justice
Un an après le procès de Joël Le Scouarnec, ancien chirurgien condamné pour près de 300 viols et agressions sexuelles sur mineurs, le collectif de victimes a rencontré Gérald Darmanin, ministre de la Justice, le vendredi 21 août. Cette rencontre, attendue depuis plus d’un an, vise à poursuivre le travail engagé pour mieux protéger les mineurs.
Le rendez-vous, qui a duré près de deux heures, a réuni des membres du collectif, des élus et des magistrats. Suite à la condamnation de Le Scouarnec en mai 2025, près de 70 parties civiles et co-victimes se sont organisées pour demander une amélioration de la prise en charge des affaires de pédocriminalité, tant sur le plan judiciaire que sur les moyens alloués aux enquêtes.
Dès le 15 mai 2025, le collectif avait sollicité une audience avec le garde des Sceaux. À l’issue de la rencontre, Manon Lemoine, porte-parole du collectif, a souligné que bien qu’il y ait eu de l’écoute, « la route sera longue ». Elle a ajouté : « On a un ministère des promesses, on verra si on passe à un ministère de l’action. »
Le ministre a exprimé son soutien pour un alourdissement des peines et l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, mais n’a pas abordé la question de la sérialité. Le collectif réclame des moyens pour que les enquêteurs identifient plus rapidement les auteurs de crimes sexuels en série, afin de prévenir de nouvelles victimes.
L’affaire Le Scouarnec a mis en lumière plusieurs signaux d’alerte, notamment une alerte d’un psychiatre restée sans réponse et le maintien du chirurgien dans ses fonctions malgré une condamnation pour détention d’images pédopornographiques en 2005.
Le collectif souhaite également faire évoluer la prise en charge des victimes, notamment par la reconnaissance d’un préjudice de sérialité pour une meilleure indemnisation. Manon Lemoine a précisé que le fonds de garantie des victimes considère que les préjudices commencent au moment où les gendarmes annoncent les faits, et non au moment des actes criminels.
Elle a noté que lors du procès, toutes les victimes, même celles n’ayant pas de souvenirs des agressions, montraient des symptômes similaires. Des experts ont confirmé l’existence d’une mémoire corporelle se manifestant par des dépressions, addictions et autres maux.
Le collectif revendique aussi la création d’un conseil des victimes pour conseiller les magistrats et enquêteurs. Depuis le début de l’affaire, des améliorations ont été apportées au premier contact avec les enquêteurs. Une nouvelle information judiciaire a été ouverte contre Le Scouarnec pour 10 viols et 40 agressions sexuelles sur mineurs, et les victimes ont été reçues par des gendarmes formés sur ces questions.
Cependant, le collectif a dénoncé le manque de communication concernant l’annonce de cette nouvelle enquête, les victimes et leurs avocats n’ayant pas été informés avant la diffusion du communiqué de presse.
Une mission parlementaire doit rendre son rapport sur la sérialité en septembre, ce qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles discussions avec le cabinet du garde des Sceaux.
Dans les Pays de la Loire, Joël Le Scouarnec a exercé dans plusieurs hôpitaux, faisant de nombreuses victimes parmi des jeunes patients hospitalisés.
Source : France 3 Régions


