Laura Kurgan : « Je ne cherche surtout pas à être neutre »
En 2008, la Fondation Cartier pour l’art contemporain a présenté « Exit », une installation immersive à 360° conçue par Paul Virilio et réalisée par les architectes Diller Scofidio + Renfro, en collaboration avec Laura Kurgan, Mark Hansen et Ben Rubin. Cette œuvre, projetée sur un écran circulaire, met en lumière les grandes causes des déplacements humains, notamment les migrations économiques, les réfugiés politiques, les catastrophes naturelles, la montée des eaux, la déforestation et les langues en danger. Les personnes migrantes y sont représentées par des pixels, sans visage ni récit individuel, transformant les données brutes en matériau narratif.
L’œuvre s’inspire des réflexions de Paul Virilio (1932-2018), philosophe et urbaniste, qui voyait dans la crise migratoire contemporaine une rupture historique. Selon lui, la distinction entre sédentarité et nomadisme s’effaçait, et la « météo-politique » prenait le pas sur la géopolitique. Virilio, critique du progrès technologique, percevait dans « Exit » une représentation d’une planète en crise.
La situation a empiré depuis la première réactivation de l’œuvre lors de la COP21 en 2015, où 65 millions de personnes étaient déplacées de force dans le monde. En 2024, ce chiffre a atteint 123 millions, soit un doublement en dix ans. Les remises migratoires ont également doublé, passant de 3 000 à 6 000 milliards de dollars, tandis que les déplacements causés par des catastrophes naturelles ont presque triplé.
Face à cette réalité, la Fondation Cartier réactive « Exit » en 2026, accompagnée d’un symposium international intitulé « Exit : l’image du présent », prévu les 12 et 13 juin. Ce symposium se penchera sur le rôle évolutif des musées dans le domaine des sciences humaines et interrogera la manière dont les données sont utilisées pour raconter des récits contemporains.
Source : AOC Media.
