Ils préfèrent qu’on disparaisse avant l’arrivée des touristes : le Mondial 2026 chasse les sans-abri des villes hôtes
Philadelphie (États-Unis), reportage — Alors que Philadelphie se prépare à accueillir la Coupe du Monde de football en 2026, les sans-abri se retrouvent au cœur d’une lutte pour la visibilité et la dignité. Darnell, un homme qui préfère garder l’anonymat, observe depuis un banc au Lemon Hill Park les préparatifs d’une gigantesque fan zone qui va transformer l’espace en vitrine pour les touristes. Selon lui, la présence accrue de policiers et d’agents municipaux vise à effacer les sans-abri de la scène publique.
« Ils veulent faire de cet endroit une vitrine pour le monde entier, mais nous, ils préfèrent qu’on disparaisse avant l’arrivée des touristes », déclare-t-il, visiblement amer. La ville, qui compte environ 5 517 sans-abri selon le dernier décompte des autorités locales, n’a pas répondu aux sollicitations de la presse concernant ses plans pour les personnes vulnérables pendant cet événement.
À l’approche du Mondial et du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, les organisations caritatives craignent une opération de « mise en beauté » des zones autour du Lincoln Financial Field. Aucun plan concret pour soutenir les sans-abri n’a été présenté, alimentant les inquiétudes de démantèlements de campements.
David Fair, directeur exécutif de Turning Points for Children, souligne que les expériences passées, comme lors de la visite du pape François en 2015, montrent que les autorités ont souvent recours à des évacuations massives des populations précaires pour améliorer l’image de la ville. Bien que la municipalité ait promis 1 000 lits supplémentaires d’ici décembre 2025, seuls 300 ont été ouverts jusqu’à présent.
Les associations saluent les 100 millions de dollars alloués à la construction de logements sociaux, mais expriment des réserves sur le soutien à long terme pour les personnes sans-abri. Sterling Johnson, militant pour le droit au logement, dénonce l’accent mis sur l’embellissement urbain, notant que la ville a dépensé 11,5 millions de dollars dans un programme de lutte contre les graffitis en janvier 2026.
À Kensington, un quartier où vivent près de 40 % des sans-abri de la ville, la situation est encore plus préoccupante. Susan Sheehan-Fasulo, directrice d’Angels in Motion, craint que les sans-abri ne soient dispersés vers des quartiers résidentiels à cause de l’intensification des patrouilles policières.
« Cette Coupe du monde, c’est celle des plus riches », conclut Darnell, alors qu’il recompte quelques billets froissés, reflet d’une réalité où l’argent dicte les règles du jeu.
Source : Reporterre.
