Grands tétras dans les Vosges : le ministère envisage d’abandonner le programme de réintroduction
Le chant du grand tétras pourrait bientôt s’éteindre dans les forêts des Vosges. Selon plusieurs sources, le ministère de la Transition écologique envisagerait de ne pas prolonger les efforts de préservation de cette espèce, en raison des résultats jugés insatisfaisants des tentatives de réintroduction. Plusieurs associations se réjouissent de cet éventuel abandon, qu’elles qualifient d’« acharnement », et espèrent que les ressources seront plutôt allouées à la préservation des forêts vosgiennes.
Depuis 2024, le Parc naturel régional (PNR) du Ballon des Vosges, en collaboration avec le ministère, a mené des campagnes pour renforcer les populations de cet oiseau, menacé d’extinction à court terme. Au cours de trois campagnes, des équipes techniques du PNR, de l’Office français de la biodiversité (OFB), du parc animalier de Sainte-Croix et du Conservatoire d’espaces naturels de Lorraine se sont rendues en Norvège pour capturer des grands tétras et les réintroduire dans le PNR.
Les résultats des deux premières campagnes, en 2024 et 2025, ont été mitigés. En 2024, sur 10 grands tétras capturés, 1 est mort lors de la capture, 9 ont été réintroduits et 5 sont décédés dans les six mois suivants. En 2025, sur 16 oiseaux relâchés, 13 sont morts et 3 ont disparu, rendant leur suivi impossible.
La campagne de 2026 a été plus ambitieuse, avec 23 individus capturés. Le ministère a confirmé que cette opération de translocation se poursuivra, avec un bilan qui sera examiné par un comité de suivi cet automne.
Cependant, le ministère a également indiqué qu’il prévoyait « l’achèvement du programme à l’issue de sa période de validité actuelle », citant des préoccupations concernant la mortalité des oiseaux déplacés et l’évolution de l’habitabilité des Vosges face au changement climatique.
Le PNR tempère ces informations, précisant qu’aucune décision n’a encore été prise et qu’un comité de pilotage se réunira pour faire le point sur la situation.
Des experts, comme Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges, critiquent le programme, le qualifiant d’échec. D’autres, comme Michel Munier du Groupe Tétras Vosges, soulignent les défis liés à la réintroduction d’une espèce adaptée aux climats froids dans un environnement de plus en plus chaud.
Jean Poirot, président de l’association Tétrarchives, estime que la situation actuelle rend une véritable réintroduction prématurée et note l’opposition d’une partie des habitants, qui jugent l’habitat inadapté et les dépenses excessives.
Le programme de réintroduction du grand tétras a coûté près de 200 000 euros par an pendant cinq ans, mais plusieurs associations regrettent les conditions dans lesquelles il a été mené, soulignant la nécessité d’une meilleure restauration de l’habitat.
Si le bilan de la campagne 2026 n’est pas encore connu, il est probable que les grands tétras récemment introduits n’aient pas été épargnés par les conditions climatiques difficiles de cet été.
Source : Reporterre



