IA et stockage ; pourquoi les budgets sous-estiment les données

L’IA et le stockage : un angle mort budgétaire qui menace les projets ambitieux

L’intelligence artificielle (IA) promet des gains significatifs pour les entreprises, mais un angle mort budgétaire pourrait compromettre ces ambitions. Alors que les dépenses mondiales en IA devraient atteindre 2 590 milliards de dollars d’ici 2026, représentant une augmentation de 47 % par rapport à l’année précédente, seulement 28 % des cas d’usage d’IA dans les infrastructures et les opérations atteignent pleinement leurs objectifs de retour sur investissement (ROI), selon Gartner.

Cet écart n’est pas principalement lié à la puissance des modèles ou des calculs, mais plutôt à un choix budgétaire que de nombreuses entreprises font sans le formuler clairement : le stockage est souvent la ligne de budget que l’on réduit en premier, car elle est moins visible lors de la présentation des projets en interne. Cela constitue une erreur de calcul significative.

Une IA en production dépend davantage d’un système de gestion des données que d’un système de calcul. Les volumes de données, tels que les jeux d’entraînement, les checkpoints, et les résultats d’inférence, continuent de croître, tandis que la capacité de calcul peut être réutilisée. Une architecture conçue pour un projet pilote devient rapidement obsolète dans un environnement de production. En l’absence d’une politique de cycle de vie adaptée, les copies de données se multiplient, entraînant des coûts de transfert supplémentaires et rendant le coût réel du projet difficile à évaluer.

Une des conséquences les plus coûteuses demeure invisible dans les tableaux de bord financiers : le GPU qui attend. Chaque heure qu’un accélérateur passe à attendre que des données soient traitées diminue l’efficacité de ce poste de dépense, souvent le plus surveillé par la direction financière. Un stockage sous-dimensionné ne fait pas seulement augmenter les coûts annexes, il immobilise également les investissements dans le calcul.

En France, la gouvernance des données ne peut plus être considérée comme une option. Les exigences du RGPD et les recommandations de la CNIL imposent une traçabilité rigoureuse des données utilisées, leur provenance, et les conditions d’accès et de conservation. Ces obligations ne peuvent pas être satisfaites par un simple document de gouvernance ; elles doivent être intégrées dans l’architecture technique de l’entreprise.

De plus, la disponibilité physique du stockage devient une préoccupation majeure. Les chaînes d’approvisionnement en disques durs sont déjà pleinement engagées pour 2026, ce qui signifie que la capacité ne peut plus être ajoutée à la dernière minute, comme cela a pu être le cas par le passé. Une enquête récente montre que 87 % des entreprises considèrent désormais l’extension de capacité et l’optimisation du coût total de possession comme des priorités.

Ainsi, le véritable enjeu n’est pas de consacrer davantage de budget au stockage, mais de ne plus le considérer comme une simple variable d’ajustement. Les organisations qui continueront à faire ce choix risquent de découvrir le coût de cette décision au moment le plus critique : lorsque la capacité manquera, lors d’un audit, ou lorsque leurs GPU resteront inactifs.


Source : Nicolas Frapard, EMEA Regional Lead, Western Digital.

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