Pesticides dans l'eau : qui paie la facture ?

Pesticides dans l’eau : qui paie la facture ?

Depuis 1980, chaque année, environ quarante captages d’eau potable ferment en France en raison de la contamination par les pesticides et les nitrates. Ce phénomène a conduit à la fermeture de près de 2 000 captages sur un total d’environ 15 000 en 45 ans. Les coûts associés à ces pollutions agricoles dans l’eau sont estimés à plus d’un milliard d’euros par an, entièrement supportés par les ménages.

Face à l’échec des politiques publiques en matière de protection de l’eau potable, l’association France Nature Environnement (FNE) a décidé d’agir en justice pour contraindre l’État à prendre des mes efficaces. La campagne « Boire de l’eau potable » vise à sensibiliser les citoyens et à les encourager à interroger leurs élus locaux sur la qualité de l’eau.

L’eau que nous consommons provient de captages, qui peuvent être superficiels (rivières ou lacs) ou souterrains (nappes phréatiques). Selon son degré de pollution, l’eau doit subir divers traitements avant d’arriver au robinet. Ces étapes incluent le dégrillage, le tamisage, la floculation et la décantation, suivis d’une filtration sur sable et d’une désinfection à l’ozone.

Cependant, les technologies classiques de dépollution ne sont pas toujours efficaces contre les pesticides. Les traitements comme le charbon actif ne captent pas certaines molécules, tandis que les méthodes plus avancées, telles que la nanofiltration et l’osmose inverse, sont coûteuses et peuvent engendrer des rejets de polluants dans l’environnement. En outre, la dilution de l’eau polluée avec de l’eau moins contaminée devient de plus en plus difficile, en raison de la dégradation générale de la qualité de l’eau et des impacts du changement climatique.

Environ 300 substances actives de pesticides sont actuellement autorisées en France, ce qui entraîne une présence généralisée de ces produits dans les eaux distribuées. Les régions à forte agriculture industrielle, comme l’Aisne, souffrent particulièrement de cette contamination.

Chaque année, le patrimoine de captages diminue, avec environ 15 000 fermetures prévues entre 1980 et 2025, principalement en raison de la qualité de l’eau. Le coût pour mettre en service de nouveaux captages est d’environ 60 millions d’euros par an, tandis que les traitements nécessaires pour respecter les normes de pesticides coûtent entre 260 et 360 millions d’euros par an, une somme répercutée sur les factures d’eau des citoyens. En incluant les coûts liés aux services d’eau, le montant total supporté par les ménages pourrait atteindre 1,5 milliard d’euros par an.

Le gouvernement a souligné que la fermeture de captages ou le traitement de l’eau ne sont pas des solutions durables. Il est essentiel de prioriser la protection des captages pour conserver cette ressource précieuse, qui devient de plus en plus rare dans certaines régions.

Face à cette dégradation continue de la qualité de l’eau, FNE demande un meilleur accès à l’information sur l’état des captages, ainsi que la mise en place de mes pour garantir la qualité de l’eau. Des solutions existent pour produire de l’alimentation tout en protégeant les ressources en eau, mais cela nécessite une volonté politique forte et des choix collectifs.

Source : France Nature Environnement, Synthèse Bilan Qualité 2024.

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