Souveraineté numérique : pourquoi les alternatives échouent
La dépendance croissante de l’État français aux solutions numériques étrangères soulève des questions cruciales sur la souveraineté numérique. Un exemple marquant est la récente proposition de VMware, qui a vu ses coûts augmenter de 800 % pour des besoins constants. Thomas Jan, directeur général de la Centrale d’achat de l’informatique hospitalière, souligne que cette réalité touche de nombreux établissements de santé en France après l’acquisition de VMware par Broadcom. La force de ce fournisseur ne réside pas seulement dans sa technologie, mais également dans le coût économique et opérationnel de le quitter.
L’État français a investi environ 2 millions d’euros dans un partenariat d’innovation pour développer une alternative à VMware, utilisant des briques ouvertes telles que Proxmox pour la virtualisation, Ceph pour le stockage et OpenStack pour l’orchestration. Cependant, bien que ces briques existent, leur assemblage ne garantit pas un système d’exploitation industriel avec le support et la documentation nécessaires pour les équipes hospitalières.
Dans le secteur éducatif, l’Éducation nationale a abandonné son propre outil de communication au profit de Pronote, qui a gagné en popularité grâce à sa qualité ergonomique. Ironiquement, l’outil privé est désormais hébergé sur une offre qualifiée SecNumCloud, surpassant l’outil public qu’il a remplacé. Cette situation met en lumière que la souveraineté ne se limite pas à la production locale, mais implique également la capacité de choix.
Les infrastructures cloud internes, telles que Pi et Nubo, illustrent une autre limite. Leur coût cumulé atteint 55 millions d’euros par an, mais elles sont principalement utilisées par les ministères qui les ont co-construites. D’autres ministères préfèrent souvent des solutions commerciales, ce qui soulève des questions sur la véritable autonomie de l’État face aux fournisseurs étrangers.
Pour qu’une alternative numérique devienne industrielle, elle doit répondre à cinq conditions : une ergonomie comparable aux solutions dominantes, un support adéquat, une trajectoire claire, une base de clients suffisante et un écosystème de compétences disponible. Actuellement, l’État se montre moins constant dans la mise en œuvre de ces conditions, ce qui complique la crédibilité de ses solutions numériques.
Les grandes entreprises de technologie dominent le marché non seulement grâce à la performance de leurs produits, mais aussi parce qu’elles garantissent un service continu et documenté. Financer une alternative sans asr sa pérennité revient à investir dans un prototype voué à l’échec. L’État doit donc garantir la continuité de ses choix numériques pour éviter de devenir dépendant des fournisseurs étrangers.
Source principale : Audition CAIH (Thomas Jan), Audition DGFIP / Nubo, Rapport Latombe, tome I.



