Pédocriminalité : « Je condamne une République qui sait et ne veut pas »
À chaque nouveau scandale, la France s’indigne. Les responsables politiques promettent des mes, les médias s’enflamment, et des commissions se multiplient. Cependant, l’émotion retombe rapidement, laissant les enfants seuls face à leurs souffrances.
La République est critiquée pour son incapacité à protéger les enfants, les dirigeants de tous bords ayant subordonné cette protection à des logiques de communication politique. Les gouvernements successifs ne réagissent aux violences sexuelles faites aux mineurs que lorsqu’un scandale médiatique les y contraint, sans véritable réflexion globale sur ce fléau. Si la protection des enfants était réellement une priorité nationale, des millions d’adultes ne porteraient pas encore les bless d’une enfance détruite dans le silence.
Un phénomène systémique
La pédocriminalité est un phénomène de masse, un désastre humain permanent. Pendant des décennies, les victimes ont exprimé leur douleur dans le vide, souvent ignorées ou humiliées. Aujourd’hui, malgré des avancées, beaucoup renoncent encore à porter plainte ou voient leurs dossiers classés sans suite.
Cette situation est aggravée par une médiocrité politique qui prétend qu’une nouvelle loi suffira à réparer des décennies de négligence. Les lois et les rapports s’accumulent, mais les promesses restent souvent sans effet.
La nécessité du courage
Le courage aurait consisté à faire de la protection de l’enfance une cause nationale avec des moyens exceptionnels. Cela aurait nécessité un renforcement massif des effectifs d’enquêteurs, de magistrats et de travailleurs sociaux, capables d’affronter une réalité souvent atroce. Reconnaître l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants obligerait l’État à mobiliser des ressources considérables qu’il refuse toujours d’engager.
L’exigence de choix
Cette situation impose des choix clairs et des priorités, forçant les responsables politiques à dépasser les calculs électoraux. L’éviction d’Édouard Durand de la présidence de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants a été un signal désastreux, alors qu’il avait su établir un consensus autour de l’écoute des victimes.
Le véritable obstacle à l’action réside dans une volonté politique qui s’arrête là où commence le coût de la vérité. La République apparaît ainsi en décalage avec la protection de l’enfance qu’elle prétend garantir.
La responsabilité devant l’histoire
L’histoire retiendra que notre génération avait connaissance de l’ampleur des violences faites aux enfants. Les témoignages, études et alertes étaient disponibles. Il reste aux responsables publics une dernière chance de regarder la réalité en face et d’en tirer les conséquences.
La honte ne réside pas dans l’échec, mais dans le refus obstiné d’agir. La victoire sera celle de la conscience collective, des victimes qui ont refusé de se taire et des citoyens qui ont choisi de ne pas détourner le regard. Le temps de l’ignorance est révolu ; il est désormais temps d’assumer la responsabilité.
Source : La Croix
