Un risque d’épidémie de chikungunya dans la France hexagonale
Le changement climatique facilite la propagation du chikungunya
Cette maladie vectorielle transmise par le moustique tigre, progresse avec des températures hivernales plus douces et des conditions climatiques plus favorables. D’année en année, le risque d’infections augmente au point que l’Hexagone est désormais confronté à un risque d’épidémie.
La France est particulièrement touchée par le chikungunya
En 2025, plus de personnes ont été infectées par le chikungunya en Corse et dans l’Hexagone que dans toute l’Union européenne en dix ans, entre 2014 et 2024. Dans plusieurs territoires d’Outre-mer, des épidémies de chikungunya sont malheureusement fréquentes, comme à La Réunion où près d’un tiers de la population a été infectée lors d’un épisode sévère survenu au cours de l’été austral de 2005 à 2006. Dans l’Hexagone et en Corse, les infections de chikungunya se produisent désormais dans 8 des 13 régions.
En plus des territoires d’Outre-mer, des infections de chikungunya concernent désormais les régions suivantes :
- Auvergne-Rhône-Alpes
- Bourgogne-Franche-Comté
- Corse
- Grand Est
- Île-de-France
- Nouvelle-Aquitaine
- Occitanie
- Provence-Alpes-Côte d’Azur
Le risque d’infections croît et fait peser la menace d’une épidémie
Bien que le nombre d’infections identifiées dans l’Hexagone et en Corse soit resté faible jusqu’à présent – 809 cas en 2025 – le risque d’infections ne cesse de croître à cause du changement climatique. Dans la me où le moustique tigre rencontre des conditions plus favorables, l’Hexagone n’est plus à l’abri d’une épidémie de chikungunya. Des travaux scientifiques confirment que la hausse des infections depuis 2022 « fait craindre une épidémie dans les années à venir ».
Les maladies vectorielles explosent aussi dans le reste du monde
Comme en France, les cas de maladies vectorielles augmentent également dans d’autres régions du monde. Les cas de dengue, une autre maladie transmise par les moustiques tigres, sont déjà dix fois plus fréquents par rapport à 2000. D’après l’Organisation mondiale de la santé, 11 000 personnes sont décédées en 2024 à cause de la dengue qui « continue de peser lourdement sur les systèmes de santé » des pays du Sud. Pareillement, le chikungunya progresse au point où le risque d’infection est déjà 49 % plus important par rapport aux années 1960.
Pourquoi le changement climatique favorise-t-il la transmission du chikungunya ?
Les échanges commerciaux et les voyages propagent le virus
La hausse du chikungunya dans l’Hexagone et en Corse peut s’expliquer par deux facteurs qui s’ajoutent l’un à l’autre. Premièrement, la propagation du virus est facilitée par les échanges commerciaux et les voyages. Ainsi, les premiers moustiques tigres infectés seraient venus dans l’Hexagone par des pneus de voitures. Deuxièmement, le changement climatique facilite la propagation du chikungunya.
Le changement climatique permet la survie du moustique tigre
Le virus est transmis par le moustique tigre (Aedes albopictus). Quand le moustique pique un être humain ou un animal infecté, le virus se développe dans le moustique. Infecté, le moustique peut ensuite transmettre le virus à d’autres humains, propageant ainsi le chikungunya. En Corse et dans l’Hexagone, ce moustique a longtemps connu des conditions défavorables à cause d’hivers trop froids. Or, le réchauffement climatique rend les hivers plus doux, facilitant la survie du moustique.
C’est pourquoi le moustique tigre apparaît dans toujours plus de départements. Apparu en 2004 dans les Alpes-Maritimes, le moustique tigre est désormais présent dans 79 départements de l’Hexagone et en Corse. Ainsi, lorsque les conditions climatiques sont réunies, il peut y transmettre le chikungunya et d’autres maladies vectorielles.
La hausse des températures facilite la reproduction du virus
Le réchauffement climatique accélère l’activité des moustiques. La hausse des températures accélère le métabolisme du moustique, ce qui facilite la reproduction du virus. Lors d’une piqûre, le risque qu’un moustique infecté puisse transmettre le virus est ainsi plus grand. Le chikungunya est facilement transmis par le moustique tigre quand les températures se situent entre 20 et 28°C. De telles conditions favorables apparaissent toujours plus fréquemment avec le changement climatique dans l’Hexagone et en Corse, qui y allonge la période de transmission.
Des conditions de transmission de plus en plus favorables en France
Les émissions de gaz à effet de serre ont atteint des niveaux inédits. L’année 2025 était même l’année avec l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre la plus rapide jamais observée. Par conséquent, le changement climatique continue et la France est particulièrement impactée par ses conséquences. À l’instar d’autres risques, comme les feux de forêt, les maladies vectorielles présentent une menace grandissante pour la santé.
Comme cela est déjà le cas depuis plusieurs décennies, les hivers deviendront encore plus doux. Par conséquent, le moustique tigre trouvera des conditions encore plus favorables et le risque de chikungunya continuera à augmenter. En Europe, le risque d’une épidémie de dengue ou de chikungunya sera cinq fois plus élevé en 2060 par rapport à la période de 1990 à 2024.
Le changement climatique allonge la période de transmission du chikungunya. Les jours avec des températures toujours au-dessus de 18 °C se multiplient et, avec eux, le risque d’infections au chikungunya. C’est ce que montrent les exemples de Lille et Lyon :
- À Lille, le nombre de journées favorables à la transmission du chikungunya sera trois fois plus nombreuses en 2050 par rapport à 2010.
- À Lyon, le nombre de journées favorables à la transmission du chikungunya aura augmenté de 92 % par rapport à 2010.
La situation en Outre-mer
Une hausse du risque d’infection au chikungunya
Bien que des études spécifiques pour les Outre-mer manquent, toutes les études disponibles confirment une hausse du risque. En 2050, le moustique tigre sera non seulement encore plus présent dans toutes les régions du monde, mais là où le moustique tigre est déjà présent, comme c’est le cas dans les départements et régions d’Outre-mer, les moustiques seront plus nombreux. En 2050, 61 % de la population mondiale sera exposée au risque d’une infection de chikungunya, ce qui est en augmentation par rapport à la situation actuelle où 54 % sont exposées.
Un risque d’épidémie connu mais négligé
Ce risque d’épidémies n’est pourtant pas nouveau. Les infections de chikungunya, tout comme celles d’autres maladies vectorielles (Dengue, Zika, virus du Nil occidental), présentent une menace majeure dans plusieurs régions du monde, dont de nombreux territoires d’Outre-mer. Ces derniers ont déjà connu de nombreuses épidémies de maladies transmises par le moustique tigre.
Ainsi, le risque de chikungunya et d’autres maladies vectorielles n’est pas nouveau. Cependant, ces menaces sanitaires étaient surtout présentes dans des territoires éloignés de l’Hexagone. Avec le changement climatique, la menace s’est propagée, entraînant une crainte d’épidémie dans l’Hexagone. Ces risques ont renouvelé la mobilisation pour lutter contre ces maladies.
Des inégalités de traitement entre France hexagonale et Outre-mer
Cette mobilisation récente révèle des inégalités systémiques, car les réponses à la menace étaient très insuffisantes tant que l’Hexagone n’était guère concerné. Ces inégalités persistent pour d’autres problèmes de santé publique dont souffrent les territoires d’Outre-mer, comme le souligne le fait que le ministère de la Santé a financé 188 fois plus de programmes de recherche appliquée dans l’Hexagone que dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM), selon un rapport d’Oxfam France.
Source : Oxfam France, Santé publique France, Organisation mondiale de la santé.



